Grand vainqueur du premier tour, Christophe Darbellay semble bercé d'une douce euphorie. Au soir d'une élection historique, dans le café où la télévision valaisanne a installé ses caméras, il alterne messages bienveillants à ses alliés et coups calculés à ses adversaires. Entre les mots, le téléspectateur comprend que l'homme fort du prochain Conseil d'Etat espère travailler avec le libéral-radical Frédéric Favre. Il peut néanmoins composer avec le socialiste Stéphane Rossini. Dix ans après avoir évincé Christoph Blocher du Conseil fédéral, il veut surtout bouter Oskar Freysinger hors du gouvernement valaisan.

Affaiblis par le vote de dimanche dernier mais ragaillardis par les encouragements de Christophe Darbellay, les libéraux-radicaux plaident désormais pour une coalition de centre-droit. Avec Frédéric Favre, ils incitent leurs électeurs à voter pour la socialiste Esther Waeber-Kalbermatten et pour les trois candidats démocrates-chrétiens. Président du PDC, Serge Métrailler feint d'ignorer cet appel. Suivant une stratégie étudiée, il martèle que son parti n'arbitrera pas l'élection. Tous ses cadres ne font pas preuve de la même retenue. Le candidat Roberto Schmidt soutient ce projet de gouvernement équilibré.

Un jeu dangereux

Manifestement, une alliance se dessine qui ne dit pas son nom. Elle pourrait permettre au PLR de reprendre le siège qui lui appartenait depuis toujours et qui n'a pas su résister à Oskar Freysinger il y a quatre ans. Mais elle ulcère les socialistes, qui caressent le rêve fou d'obtenir deux ministres pour la première fois. Malgré les machinations qui espéraient l'affaiblir, Stéphane Rossini a obtenu un vaste soutien populaire au premier tour. Il a éjecté provisoirement l'UDC du gouvernement et il reste peut-être le seul à pouvoir rééditer l'exploit. Le jeu dangereux des alliances pourrait cependant lui coûter cher.

Désormais, Christophe Darbellay se tait. Il travaille à remobiliser son électorat pour le second tour et il craint la déclaration de trop. Dans les coulisses, par contre, les démocrates-chrétiens se perdent en interminables calculs pour résoudre une équation compliquée. En accaparant trois des cinq sièges disponibles, ils ne concèdent que deux places aux trois autres grandes formations. S'ils décideront du verdict final, ils ne parviennent manifestement pas à s'entendre sur une formule magique valaisanne.

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Au nom de la défense des minorités, tous soutiennent la ministre Esther Waeber-Kalbermatten, à la fois femme, haut-valaisanne et socialiste. Pour le reste, ils hésitent. Si les plus conservateurs préfèrent persister à collaborer avec Oskar Freysinger, une très large majorité souhaite s'en débarrasser. Beaucoup choisiront donc entre Frédéric Favre et Stéphane Rossini, qui leur promettent collégialité et sérénité après une législature agitée. Face à un choix cornélien, ils analysent attentivement les réactions que suscitent la tentation d'une coalition de centre-droit.

Deux profils antagonistes

Alternative de droite, le libéral-radical Frédéric Favre pourrait incarner la diversité au gouvernement. Très qualifié mais inexpérimenté en politique, plutôt centriste, il collaborerait volontiers avec Christophe Darbellay et il semble le seul candidat à souhaiter devenir ministre des finances. Mais si le PLR peut paraître allié naturel du PDC, les deux partis se font la guerre depuis 150 ans. Par ailleurs, Frédéric Favre accuse 8 000 et 10 000 voix de retard sur Oskar Freysinger et Stéphane Rossini alors que seules deux semaines séparent les deux tours de scrutin. Il jouera gros dans les débats qui rythmeront les prochains jours.

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Plébiscité par les électeurs, il a abîmé le scénario imaginé par ses adversaires: Expérimenté et populaire, Stéphane Rossini semble surtout souffrir d'appartenir au parti socialiste. Son élection exclurait à la fois l'UDC et le PLR du gouvernement. Le Conseil d'Etat affronterait alors un parlement très mal disposé. Les démocrates-chrétiens n'oseront jamais plaider publiquement sa cause. Par ailleurs, pour Christophe Darbellay, il ferait sans doute un collègue moins conciliant que Frédéric Favre.

Pour l'instant, l'UDC travaille surtout à mobiliser son électorat dans le Haut-Valais. Même désorienté par une humiliation qu'il n'a pu vu venir, Oskar Freysinger peut compter sur une base partisane ferme, qui souhaitera laver l'affront. Le 19 mars prochain, il pourrait profiter des hésitations qui déchirent ceux qui souhaitent l'évincer du gouvernement. Christophe Darbellay composerait alors avec un gouvernement très éloigné de ses fantasmes.

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