Valais

Pour le gouvernement, Jean-Marie Cleusix a été suffisamment sanctionné

Un rapport confirme «les affabulations et les manipulations» de l'ancien chef du Service de l'enseignement. Malgré les dysfonctionnements, le Conseil d'Etat estime que son reclassement constitue une sanction suffisante

Entre les journalistes et le ministre de la formation Oskar Freysinger, les échanges sont parfois tendus. Pour le conseiller d’Etat, «les faits sont d’une banalité déconcertante, c’est la dimension politique qui rend ce cas saignant». Après audition d’une vingtaine de personnes, «soulagées, et parfois proches des larmes», un groupe de travail mandaté par le gouvernement a constaté plusieurs dysfonctionnements dans le Service de l’enseignement. Il les attribue au comportement de Jean-Marie Cleusix envers ses collaborateurs et ses partenaires, «inadéquat et problématique».

Sous pression dès son entrée en fonction parce qu'il ne s'était pas acquitté de ses impôts pour trois périodes fiscales, l'ancien chef du Service de l’enseignement s'est ensuite distingué par une gestion des ressources humaines autoritaire et inéquitable. Pour Oskar Freysinger, qui reconnaît une erreur de casting, «il s’est effondré de lui-même». Il a finalement été acculé à une démission négociée à la fin juillet. Désormais reclassé, il est professeur au Lycée-collège de l'abbaye, à Saint-Maurice. Pour la présidente du gouvernement Esther Waeber-Kalbermatten, Jean-Marie Cleusix a été «implicitement sanctionné». Pour le ministre de la formation, «même si elle a été négociée, la sanction est violente».

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Affabulations et manipulations

Responsable du groupe de travail qui produit le document, le très mesuré chancelier d’Etat Philipp Spörri reconnaît: «Ce monsieur a travaillé dans des conditions très difficiles et il ne comptait pas ses heures». Mais quand il détaille une méthode de communication «militaire» ou «très autoritaire», son analyse glace le sang: «Il confondait autorité avec pouvoir». En plus «de sérieuses difficultés sur le plan relationnel», le rapport relève «une parole peu fiable, des affabulations et des manipulations», ainsi que «des tentatives d’intimidation envers des collaborateurs d’autres services».

Si elle a débouché sur une longue suite de reproches à l'encontre de l'ancien chef de service, l'enquête n’a pas permis de confirmer les soupçons de ghostwriting (il aurait rédigé des travaux pour une élève) et d’enregistrement illicites consignés dans une plainte administrative déposée par l’association de l’enseignement professionnel supérieur. Pourtant, «très bien informé», Jean-Marie Cleusix avait revendiqué ces actes devant témoins. Désormais, il nie. Pour le chancelier, «il avait une tendance à la vantardise».

Le soutien exagéré d'une collaboratrice

Le rapport insiste plusieurs fois sur le «soutien exagéré d’une collaboratrice». Engagée dans «une relation intime» avec Jean-Marie Cleusix, cette secrétaire est devenue responsable du secondaire II au Service de l'enseignement. Selon le groupe de travail, «la procédure de recrutement a été effectuée selon les processus standards» et «il s’agissait de la meilleure candidate». Pourtant, par la suite, «il s’est avéré qu’elle ne s’est jamais montré à la hauteur de sa mission». Photographiée en compagnie du chef de Service dans une situation sans équivoque, elle a fait part de sa volonté de changer de poste.

La commission de gestion du parlement travaille désormais à définir la responsabilité du Conseil d’Etat. La nomination du prochain chef de service, elle, suit son cours. Pour Oskar Freysinger, «il devra savoir parler aux gens». Sous la responsabilité de la collaboratrice précitée, le domaine du secondaire II a souffert de dysfonctionnements particuliers. Il fera l'objet d'un suivi et d'une réorganisation. La présidente du gouvernement Esther Waeber-Kalbermatten prévient tout de même: «En cas de problème de comportement dans sa nouvelle activité, Jean-Marie Cleusix sera immédiatement licencié».


Commentaire: Ils apprécieront

Le Conseil d’Etat valaisan a livré son verdict: nommé professeur au réputé collège de Saint-Maurice, Jean-Marie Cleusix a déjà été suffisamment sanctionné. Facile, ce commentaire circule sur la toile: «Les professeurs apprécieront !» Les élèves et leurs parents aussi. Le rapport explique que les cours seront dispensés par un affabulateur qui fait subir «humiliations, intimidations, et manipulations» à ses collaborateurs comme à ses partenaires.

Oskar Freysinger et le gouvernement ont choisi de ne pas licencier le fonctionnaire. Tout le monde ne bénéficie pas de pareille protection. Mais le très impopulaire Jean-Marie Cleusix doit être traité comme tous les employés d’Etat: Leur contrat ne saurait être résilié que sous certaines conditions très strictes. Pour ne pas affaiblir la fonction publique, les syndicats ne tempêtent pas contre ce reclassement, même si leur silence intéressé suscite la critique.

La médiatisation de la chute de Jean-Marie Cleusix est à la mesure des inimitiés que l’homme a su se créer. Se livrant à un lynchage public, le Valais tout entier aimerait licencier ce fonctionnaire qui se permet de menacer l’Etat d’une longue et coûteuse procédure. Oskar Freysinger a battu sa coulpe. Mais, il a trop longtemps oeuvré à maintenir son soldat en place, oubliant de surveiller son travail. Il porte donc une vraie responsabilité dans les dysfonctionnements qui gangrènent le Service de l’enseignement. En mars prochain, les électeurs apprécieront.

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