Analyse

Le gouvernement jurassien, dominé par le duo Juillard-Gerber

En apparence équilibrée, la répartition des départements fait des ministres Charles Juillard (PDC) et Jacques Gerber (PLR) les têtes de ponts du Conseil d'Etat

Le PDC Charles Juillard aux Finances, Martial Courtet (l’autre PDC) à la Formation et la culture, David Eray (PCSI) à l’Environnement, Jacques Gerber (PLR) à l’Economie et la santé, la socialiste Nathalie Barthoulot à la tête d’un nouveau département de la Sécurité et des affaires sociales, pudiquement intitulé département de l’Intérieur, la répartition des tâches au sein du tout neuf gouvernement jurassien semble équilibrée.

Pour chaque ministre, une tâche qui lui tient à coeur et un domaine à problème. De l’aveu du président et seul sortant Charles Juillard – les quatre autres sont néophytes –, la répartition issue d’une vaste réflexion qui a conduit à remodeler les portefeuilles s’est faite dans la bonne humeur et l’agrément de tous.

Un duo à la tête du Conseil d’Etat

Le Conseil d’Etat jurassien est pourtant clairement hiérarchisé. Avec un duo à sa tête. A commencer par Charles Juillard, maître en ses terres en conservant avec poigne les Finances et qui sera la voix du Jura à l’extérieur (il le représentera dans les grandes conférences intercantonales, il pourrait même présider celle des directeurs des finances). Charles Juillard sera encore celui qui représentera son canton dans le processus menant au scrutin de juin 2017, au cours duquel Moutier et quatre communes de sa couronne décideront si elles rejoignent le canton du Jura. S’il n’est pas parvenu à associer Finances et économie comme il le souhaitait, il s’est taillé un ministère d’envergure.

L’autre homme fort est le libéral-radical Jacques Gerber, pourtant élu seulement en quatrième position. Il est l’heureux chef de l’Economie que tout le monde se disputait, à laquelle est associée la Santé. Il devient, de fait, ministre des relations entre le Jura et Bâle, l’axe majeur du développement économique et hospitalier du canton. «Mainmise ajoutote", aurait-on pu titrer, puisque Charles Juillard et Jacques Gerber résident tous deux à Porrentruy.

Avec Martial Courtet à la Formation, le PDC prend pour la première fois les rênes d’un département aux mains du PLR de 1979 à 2002, avec la courte parenthèse Odile Montavon de Combat socialiste en 1993-1994, puis du PS depuis 2003 avec Elisabeth Baume-Schneider. C’est un domaine que l’enseignant et conseiller pédagogique connaît bien. Il aura surtout des défis à relever dans le domaine des infrastructures culturelles (Théâtre, musée paléontologique). David Eray peut lui aussi être satisfait avec l’Environnement et les infrastructures. Il devra convaincre ses concitoyens francs-montagnards de la nécessité d’ériger des éoliennes.

Deux perdants

La répartition fait deux perdants, Nathalie Barthoulot et la gauche. La socialiste, pourtant élue en deuxième position, se voit confier un département comprenant des domaines certes majeurs comme la sécurité, l’asile et le social. Mais il s’apparente au ministère des problèmes. Défait face aux électeurs pour avoir trop assumé son rôle gouvernemental, le PS pourrait se sentir légitimé à se tourner davantage vers l’opposition.

Le Jura a lui aussi pris un virage à droite en automne 2015. Au point de reléguer à la chancellerie, mesures d’économies obligent, un secteur qui avait fait sa fierté à la création du canton et qu’avaient porté avec force les ministres François Lachat et Jean-François Roth, la Coopération.

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