Vendredi dernier, pour présenter un programme politique de législature dans lequel ils avaient tous pu insérer leurs sensibilités (Le Temps de samedi), les cinq ministres jurassiens apparaissaient souriants, laissant poindre de la cohésion et même de la complicité. Atmosphère tout autre, mardi, à l'heure d'assortir les desseins politiques d'un plan financier. Les conseillers d'Etat, qui siégeaient pourtant ensemble à l'étage inférieur juste avant la séance, sont arrivés en ordre dispersé, visages tendus, le nez plongé dans les dossiers.

L'unité de façade du nouveau gouvernement à majorité de centre gauche a volé en éclats: si tous les ministres admettent la nécessité d'opérer des économies, les deux socialistes, Elisabeth Baume-Schneider et Claude Hêche, font état de «nuances» face au projet de réduction de la masse salariale de la fonction publique, la ministre de l'Education parlant de «net bémol face à l'ampleur» de l'effort demandé aux enseignants.

Rupture de collégialité, besoin de se démarquer, voire de se dédouaner? Leurs déclarations laconiques prononcées, les deux élus de gauche s'en sont allés, sans autre commentaire.

S'il diverge sur l'ampleur des coupes salariales, le gouvernement tout entier partage l'analyse globale: pour accroître son attractivité et tenter d'inverser les courbes qui lui prédisent le déclin, le Jura doit réaliser le programme «Pays ouvert», soit investir et diminuer l'impôt. Ce mercredi, le ministre des Finances, Gérald Schaller, annoncera un projet de réduction fiscale, dès 2004, de 5% en moyenne pour les personnes physiques, complété par une diminution de 1% chaque année entre 2009 et 2020. Manque à gagner: 9 millions annuels pour le canton et autant pour les communes.

Avec une conjoncture défavorable et des parts fédérales en diminution, les perspectives financières du Jura deviennent alarmantes. S'il n'entreprend rien, le canton accumulera des déficits supérieurs à 20 millions, entraînant une explosion de la dette. «Ne rien entreprendre serait faillir à nos responsabilités, un programme de corrections est incontournable», clame Gérald Schaller. «Les socialistes partagent l'objectif politique», admet, à ce stade du processus, Claude Hêche.

Le plan d'économies recense 40 mesures, progressives sur la durée, devant dégager 55 millions d'ici à 2007, 38 pour le canton et 17 pour les communes (de quoi leur faire avaler la pilule amère de la baisse fiscale). Les mesures se répartissent en trois catégories: 4,2 millions dans les biens et marchandises; 18,5 millions sur les subventions, hospitalières en particulier. Troisième cible: la masse salariale des agents publics. Pas de réduction de salaire, mais une diminution de 50 postes dans l'administration (de 800 à 750), au gré des départs naturels, «sans licenciement» assure l'exécutif, pour un gain de 13 millions d'ici à 2007. La majorité gouvernementale entend imposer le même régime aux enseignants, en retravaillant la carte scolaire et en augmentant d'une leçon le pensum hebdomadaire de tous les profs. C'est cette dernière mesure qui fait tiquer Elisabeth Baume-Schneider, elle qui peine déjà à faire admettre le principe d'une nouvelle grille scolaire harmonisée.

«Le volume des corrections est un minimum», assène Gérald Schaller. Soutenu par les deux ministres PDC et le chrétien-social Laurent Schaffter, le plan soumis au parlement n'équilibre pas pour autant les comptes des années à venir. Le déficit sera encore de 15 millions en 2004 et 2005, ramené à 7,5 millions en 2007. En quatre ans, pour autant que les paramètres de calculs retenus – «plutôt optimistes», relève l'exécutif – se vérifient et sans tenir compte des effets du paquet fiscal voté par les Chambres fédérales, la dette du Jura passera de 500 à 580 millions.

Le programme soulève la désapprobation de l'Intersyndicale de la fonction publique, qui s'insurge d'avoir été tenue à l'écart de son élaboration. Si les associations de fonctionnaires acceptent d'entrer en matière et vérifieront la pertinence de la suppression de chacun des 50 postes administratifs, le Syndicat des enseignants (SEJ) rejette avec véhémence le volet qui affecte l'école: «Des mesures iniques, générant une inégalité de traitement flagrante et inacceptable», déclare son secrétaire Hugues Plomb. Le SEJ se réunit demain pour arrêter sa stratégie d'opposition.