Neuchâtel

Le gouvernement neuchâtelois aligne les salaires de ses agents

La grille salariale des fonctionnaires et des enseignants est harmonisée, la progression salariale se fera sur 25 ans. Le chamboulement concerne surtout les enseignants. Les syndicats rejettent une «politique salariale au rabais»

C’est un des dossiers qui fâchent et suscitent la grogne envers un Conseil d’Etat neuchâtelois réformateur, à majorité socialiste, qui est entré dans la dernière année de la législature. Il a arrêté une importante réforme de sa politique salariale. La nouvelle grille chamboule la rémunération des enseignants. Même si le gouvernement clame qu’aucun agent de l’Etat ne verra son salaire diminuer, les syndicats tonnent, claquent la porte de la table de négociations, rejettent le paquet et annoncent une mobilisation pour lundi prochain.

Pourtant, la socialiste Monika Maire-Hefti, patronne de la Formation, et le libéral-radical Alain Ribaux, chef des ressources humaines, sont sereins. Convaincus de la pertinence d’une réforme qui respecte le diktat financier de la majorité de droite du Grand Conseil et qui aligne le système de rémunération sur les standards romands.

Egalité de traitement

Après d’innombrables séances avec les syndicats qui n’ont abouti à rien, le gouvernement décrète donc que les 2751 fonctionnaires (pour 2335 EPT) et 3129 enseignants (2224 EPT), pour une masse salariale annuelle de 474 millions de francs, doivent être désormais rémunérés selon une même grille et le principe d’égalité de traitement.

La progression salariale s’étale sur 25 annuités, avec une amplitude de 41% entre le salaire de départ et le revenu plafond. Les fonctionnaires sont répartis dans 16 classes de revenus, les enseignants dans 12. Pour les fonctionnaires, l’effet est moindre, ils avaient subi les principaux changements en 1999.

Bas salaires des enseignants revalorisés

C’est par contre la révolution chez les enseignants où les salaires à l’embauche sont bas, mais la progression forte et rapide pour atteindre le plafond après onze ans. La nouvelle grille augmente les salaires de base (+ 8,1% pour les enseignants des années 1 et 2 Harmos, de 4691 à 5074 francs; + 4,2% pour les enseignants primaire 3-6 Harmos), mais elle allonge ensuite sur 25 ans une progression qui mène à un salaire maximal supérieur. A quelques nuances près, la courbe salariale neuchâteloise se superpose à celle du canton de Vaud.

Le salaire de carrière, pierre d’achoppement

Gouvernement et syndicats se sont écharpés sur la notion de salaire de carrière. Soit l’addition des revenus du premier au dernier jour de travail. Les syndicats exigeaient que cette somme globale soit garantie. Pressé par l’exigence parlementaire d’assainir les finances du canton, devant s’assurer que l’enveloppe salariale soit à tout le moins contenue voire réduite, le gouvernement a refusé cette exigence, lui préférant, dit Alain Ribaux, un système «correct, moderne, harmonisé et plus attractif avec un plafonnement après 25 ans».

En plus de l’augmentation du salaire à l’embauche pour les enseignants primaires, de la diminution de 24 à 23 leçons hebdomadaires pour les nouveaux profs de lycée, le gouvernement affirme avoir réalisé une revendication: il a supprimé la cotisation de 0,67% à la caisse de remplacement. «De fait, tous les salaires, même ceux de 75% des enseignants qui sont au maximum, augmentent de 0,67%», clament Alain Ribaux et Monika Maire-Hefti, coupant court avec énergie aux affirmations prétendant que les salaires diminueront et dénonçant «le conservatisme et le manque d’ouverture» des associations professionnelles.

Entre le marteau et l’enclume

«Nous sommes entre le marteau et l’enclume», commente Alain Ribaux, le marteau étant la commission financière du parlement qui exige des économies, l’enclume les syndicats de la fonction publique. «Le gouvernement doit tenir la barque de l’Etat», reprend Alain Ribaux «et nous l’avons fait en arrêtant un système pérenne tout en ouvrant de nouvelles perspectives pour prendre en compte la pénibilité du métier d’enseignant», renchérit Monika Maire-Hefti.

Elle promet que dans les cinq ans, tous les enseignants, y compris ceux à temps partiel, bénéficieront d’un allégement de leur pensum pour raison d’âge, que tous les enseignants des lycées reviendront à 23 leçons hebdomadaires ou que les salaires des enseignants des niveaux 1 et 2 Harmos seront alignés sur ceux du primaire (ils sont fixés à 86% dans la nouvelle grille).

«Partout où nous avons pu amener des améliorations, nous l’avons fait, dit Monika Maire-Hefti. Mais nous ne pouvons pas tout prendre.» «La population le comprend très bien», ajoute Alain Ribaux, sûr de son fait et de l’impact limité que pourrait avoir la mobilisation de la fonction publique annoncée pour lundi.

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