Analyse

Le gouvernement neuchâtelois, fort et fragile à la fois

Entièrement renouvelé depuis 2012, le Conseil d'Etat bipartite (3 PS et 2 PLR) jouit d'une haute considération. Il pourra le vérifier lors des élections cantonales du 2 avril 2017. Certains de ses membres sont toutefois fragilisés par les dossiers épineux 

En d'autres temps pas si lointains, le monde politique neuchâtelois affichait de l'effervescence à la veille des élections cantonales. Avec un sentiment dominant vérifié dans les urnes au printemps 2013: Neuchâtel avait besoin d'un grand coup de balai et de sang neuf pour s'extirper des affaires et de la crise de confiance.

En été 2016, à neuf mois des prochaines élections (2 avril 2017), rien de tout cela. Entièrement renouvelé depuis 2012, ayant traversé sans mal la défaillance de l'UDC Yvan Perrin remplacé en 2014 par le PLR Laurent Favre, le gouvernement neuchâtelois jouit d'une forte considération dans les strates politiques comme dans la population. Son abnégation, son travail collégial, son discours articulé autour de la formule «un canton - un espace», la bonne tenue des ministres forcent le respect.

Quasi-unanimité collective

S'il devait être soumis, collectivement, à un vote populaire de confiance, nul doute que le quintette gouvernemental ferait la quasi-unanimité. Appelé à se prononcer sur des objets stratégiques, le peuple a validé sans discussion les options gouvernementales: 63% pour l'équilibre d'alors d'Hôpital neuchâtelois en novembre 2013, 65% pour le plan éolien en mai 2015, 84% pour le programme de mobilité 2030 en février dernier.

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Pourtant, bien qu'il n'ait pas fauté ni failli, le roc gouvernemental a parfois des pieds d'argile. Coutumier des bisbilles régionalistes et partisanes, Neuchâtel ne s'est pas d'un coup de baguette magique aligné derrière son gouvernement. Au gré des dossiers, des intérêts partisans et locaux, des failles trouvées chez l'un ou l'autre ministre, des résistances et des conservatismes se sont exprimés. Au point d'agacer et fatiguer des ministres qui ploient sous l'ampleur de la charge.

Trois ministres bousculés

A neuf mois du rendez-vous électoral, sachant que la fin de la législature sera marquée par des décisions difficiles et clivantes (réorganisation spatiale de l'hôpital cantonal, centralisation de la justice à La Chaux-de-Fonds, réforme de l'élection du parlement, assainissement des finances), on s'observe et on scrute davantage chacun des ministres.

Le PLR Laurent Favre et le PS Jean-Nat Karakash sont épargnés. Le troisième homme fort, le PS Laurent Kurth, en plus des finances qu'il doit gérer, doit convaincre que la réforme hospitalière qu'il détaillera encore avant les vacances et qui suscite l'ire des Montagnes dont il est pourtant issu, est la seule voie praticable. Il s'applique à informer, son dernier discours consistant à démontrer que le nouvel enjeu hospitalier est désormais celui de la réadaptation. Et il prévoit justement de construire un hôpital de réadaptation à La Chaux-de-Fonds.

Des piques envers Alain Ribaux

Les piques envers la socialiste Monika Maire-Hefti sont larvées. Elle mène une délicate réforme de l'école, au secondaire I, et elle a la tâche compliquée d'imposer une nouvelle grille salariale aux enseignants. Le PLR Alain Ribaux est peut-être celui qui a le plus à perdre de l'analyse personnalisée de l'action ministérielle. Il se targue d'avoir cantonalisé la police, mais son projet de nouvel hôtel judiciaire à La Chaux-de-Fonds a du plomb dans l'aile, la gauche lui reproche l'absence de politique culturelle, il risque de perde la votation sur le Bibliobus en septembre et il subit la fronde d'une frange du PLR qui lui préférerait un libéral plus musclé comme Olivier Haussener.

Le peu de combativité devant le parlement pour défendre la circonscription unique pour l'élection du Grand Conseil, projet retoqué par le parlement, lui est reprochée.

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A l'instar d'un gouvernement ambitieux mais contraint de se satisfaire de compromis - il y a parfois ambiguïté entre le dessein et le principe de réalité -, Alain Ribaux estime que le débat sur l'espace unique d'élection du parlement a été une demi-victoire. Il y a entrée en matière, reconnaît-il, avec la perspective d'inventer un mode d'élection des députés au plan cantonal, tout en garantissant la représentation des régions. 

Discours équivoque

Même s'il clame qu'il y a urgence à réformer le canton en profondeur, le gouvernement admet qu'il n'est pas toujours possible de réussir du premier coup, que des compromis et des équilibres sont indispensables. Un discours de fin de législature équivoque, susceptible de semer le doute.

Sachant qu'il doit encore soumettre de gros dossiers, le gouvernement souhaite entrer en campagne électorale le plus tard possible. Aucun des cinq ministres n'a encore déclaré être candidat à un deuxième mandat. Tous pourraient le faire simultanément, histoire de profiter pleinement de l'effet de groupe. 

Lézardes dans les blocs

Si tout indique que le prochain gouvernement neuchâtelois aura la même composition que l'actuel, la campagne pourrait se focaliser sur des lignes de fractures inédites. A l'intérieur des blocs déjà lézardés de droite et de gauche. Où l'UDC chercherait à se singulariser par rapport au PLR et où le POP se désolidariserait du PS. Histoire d'avoir toute latitude au Grand Conseil pour, au gré du vent, faire pencher la balance à gauche ou à droite, pour ou contre le Conseil d'Etat. A se demander si les deux partis gouvernementaux, PLR et PS (59% à eux deux), ne devraient pas de leurs côtés, s'accorder sur un programme gouvernemental.

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