Valais

Le gouvernement valaisan échoue à faire taire l’encombrant Jean-Marie Bornet

Porte-parole de la police valaisanne et candidat malheureux au gouvernement, Jean-Marie Bornet a été licencié par le Conseil d’Etat. Le fonctionnaire semble payer pour le passif qu’il accuse auprès de plusieurs ministres. Il annonce un recours

Au téléphone, Jean-Marie Bornet semble amer: «Après trente ans de service, ça fait très mal». Libéré de ses fonctions au lendemain du second tour des élections, le porte-parole de la police a été licencié le 12 avril dernier. Pour le candidat malheureux au gouvernement, «c’est une tentative d’assassinat politique». Publique depuis vendredi dernier et un article du Nouvelliste, l’affaire agite le canton. Le policier insiste: «Le Conseil d’Etat veut me couper la tête avant de quitter ses fonctions!»

Présidente du gouvernement, Esther Waeber-Kalbermatten se justifie dans Le Matin Dimanche: «Jean-Marie Bornet a violé de manière particulièrement crasse les devoirs qu’impose sa fonction». Dans une décision motivée sur neuf pages, les ministres sortants lui reprochent des propos critiques envers la justice et le Conseil d’Etat au cours d’une campagne mouvementée. La présidente s’emporte face aux journalistes de la chaîne de télévision canal9: «Avec chaque chose, il fait un théâtre!»

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Policier encombrant

Personnage entier et habitué aux coups de gueule, Jean-Marie Bornet n’entend pas se taire. Classé douzième du premier tour des élections au gouvernement avec un peu plus de 17 000 voix, le policier s’exprime abondamment dans les médias et sur les réseaux sociaux. Il annonce un recours au Tribunal cantonal et il a l’intention de saisir le Tribunal fédéral si nécessaire. Pour lui, «c’est un licenciement abusif» et «le gouvernement bafoue la liberté d’expression et les droits politiques pour se venger.»

A l’origine d’une nouvelle formation politique, le Rassemblement Citoyen Valais, Jean-Marie Bornet entend incarner «le ras-le-bol d’une population exaspérée par la paralysie de ses institutions». En octobre dernier, quand il avouait ses ambitions, Oskar Freysinger lui écrivait ce courriel: «Ton attaque brutale contre le gouvernement ainsi que ton étrange compréhension du devoir de réserve ont été appréciées à leur juste valeur… A chacun le soin d’assumer ses actes.»

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Règlement de compte

Si le gouvernement se défend d’évincer un employé qui dérange, Jean-Marie Bornet semble payer pour le passif qu’il accuse auprès de plusieurs ministres. Durant la campagne, il a mené la vie dure à Jacques Melly et Oskar Freysinger, auxquels il s’était déjà confronté par le passé. L’ancien porte-parole de la police souffre peut-être aussi des vieilles guerres qui l’opposent au Ministère public. En novembre dernier, une juge l’a dénoncé pour abus d’autorité. L’affaire devrait se terminer sur une ordonnance de classement.

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En 2013, Jean-Marie Bornet avait publié les images des instants qui ont suivi l’accident de Sierre, qui avait coûté la vie à vingt-deux enfants belges. Le policier avait alors fait l’objet d’une dénonciation pénale pour violation du secret de fonction. Blanchi par la justice, il n’en a pas moins conservé des inimitiés tenaces. Depuis, il cache mal sa rancune envers Esther Waeber-Kalbermatten et le procureur en charge de l’affaire.

Jusqu’ici, les fonctionnaires candidats, assez habituels en Valais, avaient toujours pu réintégrer leurs fonctions après le scrutin. Par ailleurs, en septembre dernier, le gouvernement s’était refusé à licencier le chef du Service de l’enseignement malgré un rapport accablant. Jean-Marie Cleusix a finalement été reclassé. Jean-Marie Bornet se serait volontiers satisfait de pareil arrangement.

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