Valais

Le gouvernement valaisan prête serment malgré les protestations de l’UDC

Le parlement valaisan rejette le recours de l’UDC contre l’élection du Conseil d’Etat. Les nouveaux ministres prêtent serment alors que le Ministère public enquête sur plusieurs cas de fraudes électorales

Pour le nouveau conseiller d’Etat démocrate-chrétien Christophe Darbellay, «l’UDC entre définitivement dans l’opposition aujourd’hui». Réuni en session constitutive ce lundi, le nouveau parlement valaisan a choisi de valider l’élection du conseil d’Etat, par 105 voix contre 23, malgré les protestations des démocrates du centre. Elu le 19 mars dernier avec 2124 voix d’avance sur Oskar Freysinger, le jeune libéral-radical Frédéric Favre a donc prêté serment. «Fier et ému», il résume: «Les députés ne pouvaient pas paralyser les institutions pour 64 électeurs trompés sur plus de 200 000.»

Le gouvernement entre en fonction par la petite porte.

Suite à plusieurs cas de fraudes électorales dénoncés dans trois villes du Haut-Valais, l’UDC avait déjà déposé un recours historique contre le résultat du deuxième tour de l’élection au Conseil d’Etat. Ce lundi, par une motion, elle a aussi demandé l’ajournement de l’assermentation des nouveaux ministres, en vain. A chaque fois, elle a voté seule contre tous les autres partis. Pour son chef de groupe Grégory Logean, qui suppose des irrégularités massives et qui promet un «très probable» recours au Tribunal fédéral, «le gouvernement entre en fonction par la petite porte.»

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Au moins 64 électeurs trompés

Jeudi dernier, le Walliser Bote révélait «des fraudes électorales systématiques»: au moins 50 citoyens de Brigue n’ont jamais reçu leur matériel de vote alors que leurs suffrages ont été comptabilisés. Les enveloppes ont vraisemblablement été subtilisées dans les boîtes aux lettres avant d’être postées, munies de fausses signatures. A Naters, selon le président UDC Franz Ruppen, 6 électeurs ont été victimes du même procédé au second tour, et 16 au premier. Le Ministère public confirme l’ouverture d’une instruction suite aux dénonciations pénales déposées par les administrations de ces deux communes. Les sources varient et les chiffres restent imprécis. 8 cas similaires auraient été annoncés à Viège.

L’UDC tente de prendre en otage le parlement.

En l’absence remarquée d’Oskar Freysinger, les parlementaires de tous les partis ont pesté contre les fraudes, espéré la condamnation de leurs auteurs, et proposé des mesures pour sécuriser le vote par correspondance. A l’exception de l’UDC, tous ont suivi la commission de validation: «En l’état actuel de nos connaissances, ces fraudes ne remettent pas en question le résultat du vote». Pour les démocrates du centre, «l'instruction a été trop rapide pour être sérieuse» et «il est impossible de quantifier les bulletins irréguliers». Les démocrates-chrétiens se fâchent: «L’UDC tente de prendre en otage le parlement». A la fin de la journée, l'UDC a déposé un second recours. Il sera transmis à la commission de justice du Grand Conseil.

Le gouvernement travaillera comme si de rien n’était.

Les bulletins de vote sont rapidement séparés des formulaires de réexpédition, et il n’est théoriquement pas possible de déterminer quels sont les candidats qui ont bénéficié de ces manœuvres. Il semble toutefois qu'au moins cinq enveloppes frauduleuses aient pu être interceptées avant d'être glissées dans l'urne. Le procureur ne confirme pas. Si l’enquête démontre que la fraude a été assez importante pour modifier le verdict du 19 mars, le parlement pourra voter l’organisation d’une élection complémentaire. En attendant les conclusions de la justice, pour Christophe Darbellay, «l'UDC fait ici ce qu'elle fait partout en Suisse», et «le gouvernement travaillera comme si de rien n’était».

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