Revue de presse

Le gouvernement vaudois jubile: sa RIE III est passée comme une lettre à la poste

Le «miracle économique vaudois» et la force du tandem Broulis-Maillard donnent au plébiscite vaudois en faveur de la RIE III des allures de signal politique à Berne, selon les médias. Ils doutent cependant que les Chambres fédérales adoptent une position aussi conciliante

24 heures n’est pas peu fier, en ce premier lundi matin de printemps (fiscal) de pouvoir donner sa «petite leçon de démocratie à l’usage de tous les Suisses». Ce, même si la première phrase de son éditorial évoque «des airs inusités de vote soviétique» après la victoire totale de la réforme vaudoise de la fiscalité des entreprises (RIE III). Cet objet pourtant complexe, voire franchement rébarbatif, qui a obtenu dimanche un score en forme de raz-de-marée, par 87,12% des voix, pour une participation de 35%.

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Mais il faut dire que «le projet, poursuit le quotidien vaudois, avant d’aboutir par volonté référendaire devant le peuple, a fait l’objet d’une préparation minutieuse, d’une élaboration longuement discutée au sein du gouvernement, avec les partenaires économiques et sociaux, puis d’un débat intense au parlement». «Les grands vainqueurs du jour, socialistes et libéraux-radicaux», ont «pris les devants», avec des «statuts spéciaux des multinationales [qui] disparaîtront».

Alors, la recette vaudoise est-elle «exportable»? Dans l’esprit, dit encore 24 heures, «elle doit l’être»: «La volonté de trouver un équilibre entre les conditions-cadres des entreprises et les conditions de vie de la population peut déboucher sur des solutions créatives en toutes circonstances.» Mais au plan fédéral, rien n’augure pour l’heure «d’une approche conciliante» et «quel que soit le chemin que choisiront les Chambres fédérales», le journal se plaît à constater que «Vaud a déjà réussi ce chantier crucial». Ainsi, «le gouvernement jubile», écrit La Côte, tout comme economiesuisse, qui dit «bravo et merci». Alors que Die Zeit, en Allemagne – qui avait écrit un long article sur le sujet il y a une semaine – le retwitte aujourd’hui, «au cas où la Berne fédérale n’aurait pas compris» le message:

Et à Genève? La République «jouera encore plus gros que le canton de Vaud», avec des forces politiques «centrifuges» qui auront sans doute de la peine à calmer les «instincts portés sur l’opposition systématique». «Le canton du bout du lac, qui rivalise avec Vaud en termes d’attractivité», rappelle la Tribune de Genève, a justement «décidé d’attendre l’aboutissement de la loi fédérale», mais «le résultat vaudois montre que lorsque la gauche et la droite s’entendent, ça marche», réagit le conseiller administratif de la Ville de Genève et conseiller national PDC Guillaume Barazzone. Il «ne cache pas que son canton doit vraiment s’inspirer de cet exemple». S’il «reconnaît que des compensations seront nécessaires, il ne veut pas entendre parler d’aides sociales supplémentaires: Genève est déjà champion en la matière.»

Le Courrier et La Liberté parlent, eux, d’un «tsunami en faveur du paquet fiscal», que le quotidien genevois voit d’un mauvais œil, en prévenant que «les cartes pourraient toutefois se redistribuer à Berne, où se joue désormais le vrai combat»: là où «les partis bourgeois voient l’occasion rêvée de doper l’attractivité helvétique à grand renfort de nouveaux cadeaux fiscaux». Le Conseil national a, selon lui, «révélé l’étendue de son arrogance en chargeant la barque des allégements fiscaux au-delà de l’imaginable».

Quoi qu’il advienne de la réforme au plan fédéral, «le signal implacable envoyé par les Vaudois ce week-end ne va pas faciliter pas la construction d’un rapport de forces solide, écrit Le Courrier. Il risque au contraire de donner des ailes aux milieux économiques et à leurs puissants relais sous la Coupole.» Le tandem gouvernemental Maillard-Broulis est certes «aligné-couvert», et cela permet «d’étouffer les doutes que suscite ce pari sur l’avenir», juge le quotidien fribourgeois: «L’opération vaudoise d’anticipation de la réforme fédérale est audacieuse. Elle s’appuie sur la popularité, l’habileté et l’autorité des deux hommes. Sinon, la réforme serait passée pour ce qu’elle est: une baisse fiscale dont l’ampleur ne sera visible qu’une fois les nombreuses inconnues de l’équation levées.»

«Les Vaudois signent ainsi un chèque en gris clair à leurs élus. Mais en le faisant sans enthousiasme débordant, avec une participation banale, ils ne font pas du verdict des urnes un parfait plébiscite. La confiance dans le miracle économique vaudois rend l’adhésion politique un peu superflue.» Quant au Matin, il ne commente pas, mais les réactions de ses internautes ne sont guère encourageantes: «87,12% de oui aujourd’hui, mais 100% demain qui pleureront quand l’Etat viendra leur faire les poches»; «Bravo aux Vaudois qui acceptent docilement la mise en œuvre de la machine qui va les plumer»…

Pour L’Agefi, le succès vaudois donne «l’impression» que «commence à s’imposer un nouveau régime d’égalité vers le bas entre sociétés suisses et étrangères [qui] est globalement acceptable sur le plan politique», mais prévient aussi que même si les compensations sociales ne seront pas au programme s’agissant de la RIE III fédérale, «la voie paraît bien balisée». En tout cas «la visibilité s’améliore […] dans le canton de Vaud, et s’annonce meilleure en Suisse pour les entreprises, les plus mobiles en particulier».

Le quotidien économique et financier élargit le champ en écrivant que ces dernières années, «l’augmentation sensible des recettes fiscales dans le canton de Neuchâtel» – qui a déjà fait sa réforme – «laisse aussi augurer d’un intéressant effet de relance. S’il se vérifie, on pourra dire que les pressions venant de l’Union européenne, à l’origine de cette grande réforme à tiroirs, ont parfois des vertus pour la Suisse que l’UE elle-même ne soupçonne pas.»

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