Le gouvernement vaudois lance le métro M3

Transports Les TL achèteront des rames pour accélérer le M2, et les études du nouveau tracé seront mises en route

C’est le retour de la «ficelle». A Lausanne, une partie du futur métro M3 est déjà appelée «navette», ce qui renvoie à la ligne à crémaillère qui reliait naguère le Flon et la gare CFF. Ce sera la première réalisation concrète du nouveau métro, au prix d’un subtil jeu de constructions et de permutations. Jeudi, la conseillère d’Etat Nuria Gorrite a présenté des demandes de crédits, pour un total de 55 millions, qui posent les premiers jalons de l’extension du métro lausannois.

D’abord, il faut parer au plus pressé. Ouvert il y a un peu plus de cinq ans, le M2 a été conçu pour 25 millions de courses à long terme; il totalise déjà 28 millions de voyageurs. Les habitués constatent à quel point le tronçon gare-Flon est parfois saturé. De 30 500 clients en 2009, on est passé à 40 000 aujourd’hui.

Le développement du RER vaudois, «métro de l’agglomération» selon la magistrate socialiste, provoque une hausse de sa fréquentation de 5% par an, et cela se ressent sur le trafic vers et depuis la gare de Lausanne, traversée par 120 000 personnes par jour, presque autant que les habitants de la commune de Lausanne, et près d’un tiers utilisent un métro, le M2 ou, plus haut, le M1.

Dans un premier temps, le canton accordera 36,2 millions de francs aux Transports publics de la région lausannoise, les TL, pour acheter trois rames supplémentaires du M2. Grâce à une grosse commande du métro de Paris, qui fait tourner les chaînes de production, les véhicules seront livrés dès 2017. La cadence gare-Sallaz pourra passer à deux minutes, 30 secondes de moins, promet Pierre-Yves Gruaz, chef du Service de la mobilité et des routes.

Gare-Flon, puis Blécherette

Surtout, les autorités veulent entamer les études pour la suite. Longtemps objet de frictions entre la Ville, accusée de n’en faire qu’à sa tête, et le canton, le M3 est désormais cause cantonale. Devisée à un total de 153 millions, sa première étape, gare-Flon, a déjà reçu le soutien de la Confédération au titre des projets d’agglomération.

Evoquant les temps pionniers du M2, coiffant presque à nouveau son casque de tunnelier, le municipal lausannois Olivier Français annonce «une étape terriblement complexe». C’est peu dire. Car de fait, le tunnel du M2 deviendra le M3, et vice-versa. Le tube actuel sera utilisé par le nouveau métro: ce sera la «navette», cette néo-ficelle. Le M2, lui, gagnera un tunnel 40 mètres plus à l’ouest. Et aboutira dans une station construite sous la place de la Gare.

Car le but de l’opération est de profiter de l’immense chantier que va connaître la gare CFF dès 2017. La nouvelle station du M2, qui évitera aux pendulaires de traverser la place, fera d’ailleurs partie du projet CFF, et de son enquête publique. De plus, la prolongation de cette nouvelle ligne vers Grancy permettra de supprimer le goulet d’étranglement du passage sous les rails CFF, où le M2 n’a aujourd’hui qu’une seule voie. Une incongruité due à un choix budgétaire d’avant la votation populaire sur le M2.

Pourquoi un nouveau tunnel? Parce que l’agrandissement du tube actuel paralyserait le M2 pendant «plus d’une année», estiment les responsables. En somme, la ville est devenue trop dépendante de son métro pour pouvoir se le permettre.

Puis il y aura le grand saut. Du Flon, le M3 devrait passer par Chauderon, direction Blécherette en passant par le nouveau grand quartier des Plaines-du-Loup. Fait piquant, selon les plans, le croisement avec le M2 se fera à Saint-Laurent, là où le chantier du M2 s’était effondré. Pas de danger, assurent les ingénieurs, le M3 passera dessous, loin de la zone à risque.

Ce long prolongement, la Confédération n’a pas voulu le soutenir à ce stade. L’appui fédéral dépendra d’une nouvelle série de projets sous l’égide du Fonds pour les routes nationales et le trafic d’agglomération. Autrement dit, les responsables locaux et cantonaux devront «redoubler d’efforts de lobbying», glisse Nuria Gorrite. La cause est désormais cantonale, et sacrée.