Dans une votation, le peuple est souvent tenté de répondre à une autre question que celle qui lui est posée. C'est exactement ce que craint le Conseil d'Etat vaudois, qui doit soumettre aux citoyens le 24 septembre prochain l'initiative intitulée «Pour des hôpitaux de proximité».

Loin de s'arrêter aux restructurations récemment subies, et d'ailleurs partiellement acceptées (voir ci-dessous), par les hôpitaux périphériques de la vallée de Joux, de Château-d'Œx et de Moudon, les citoyens pourraient être tentés de saisir cette occasion pour manifester leur mauvaise humeur par rapport au système de santé en général. Or, dans ce domaine, la grogne est latente. Une majorité des Vaudois a dû changer de routine ces dernières années au gré des collaborations régionales, passer d'un établissement à l'autre en fonction des pathologies traitées, ou aller assister à la naissance du petit dernier quelques kilomètres plus loin que prévu.

A Lausanne, c'est l'engorgement du CHUV qui provoque régulièrement des récriminations. En toile de fond du débat se trouve enfin le mécontentement général provoqué par le niveau élevé – et la hausse continue – des primes d'assurance maladie.

Bref, les ingrédients d'une remise en question générale sont réunis. Les initiants ne s'y sont pas trompés. Loin de limiter leur texte au devenir des petits hôpitaux, ils ont fait porter l'essentiel de son impact sur le mécanisme d'établissement de la planification hospitalière. Ils souhaitent que le Conseil d'Etat perde la compétence de l'établir au profit du Grand Conseil, qui devrait alors se prononcer formellement sur chaque changement de mission, ou fermeture d'un hôpital. Cette manière de décider laisserait la porte ouverte aux référendums. En fin de compte, le peuple pourrait donc pratiquement arbitrer tout ce qui relève de son hospitalisation. L'efficacité de cette façon d'en appeler aux citoyens s'est déjà manifestée lors de la récolte des signatures, puisque l'initiative a été déposée au printemps 1999 munie de 22 000 paraphes. Un score tout à fait remarquable dans un canton où 12 000 suffisent pour convoquer une votation.

Il est vrai que l'impact émotionnel des restructurations des petits hôpitaux de Moudon, de la vallée de Joux et de Château-d'Œx est retombé comme un soufflé. En juin 1999 déjà, la manifestation organisée devant le Château par les initiants pour appuyer leur texte a péniblement rassemblé 250 personnes alors que les organisateurs en attendaient dix fois plus. Cela n'empêche pas le Conseil d'Etat vaudois de prendre au sérieux l'échéance du 24 septembre. Hier, sa délégation sanitaire au complet, formée de Charles Favre (chef des Finances et vice-président du gouvernement), de Claude Ruey (responsable du Département des institutions) et de Charles-Louis Rochat (en charge de la Santé) s'est déplacée pour défendre devant la presse le point de vue du gouvernement.

Vue du Château, l'initiative a des défauts rédhibitoires. Son acceptation ralentirait encore les processus de décision, et menacerait la cohérence du système sanitaire au moment où son organisation concerne de moins en moins le canton tout seul pour s'étendre à ses voisins. Sa rétroactivité, introduite pour combattre le couperet déjà tombé sur la maternité de la Vallée et l'Hôpital de Moudon, introduirait en plus une insécurité légale. Enfin, un «oui» réduirait à néant les quelque 4,5 millions de francs d'économies annuelles de fonctionnement, sur lesquelles compte d'ores et déjà l'Etat.

Question de sécurité

Le Conseil d'Etat insiste enfin dans son message sur la nécessité d'une planification rompant avec l'habitude d'avoir un hôpital s'occupant de tout tous les vingt kilomètres. «Au moment où la pénurie de personnel menace, c'est une question d'utilisation des compétences et de sécurité», a relevé Charles-Louis Rochat, en soulignant qu'une équipe de pointe n'est performante que lorsqu'elle pratique régulièrement les interventions qu'on attend d'elle. Pas question par contre d'abandonner l'hospitalisation de proximité, et c'est dans cet esprit que Sainte-Croix, Château-d'Œx ou la vallée de Joux sont maintenus avec des services de médecine et la capacité de prendre en charge les urgences légères. Quant à la concentration géographique, il y est répondu par le développement des services d'urgence.

Si l'initiative est refusée, tout débat de politique sanitaire ne sera toutefois pas refusé aux députés, puisqu'ils auront, vraisemblablement au printemps prochain, à se prononcer sur un rapport du Conseil d'Etat. Mais ce ne sera ni une loi, ni un projet, et il sera impossible de le combattre par référendum.