C’est l’histoire de deux aiglons tombés du nid à l’été 2018 qui s’est jouée devant le Tribunal de Sion, ce vendredi. Ou plutôt celle du sort que leur a réservé le garde-chasse, qui les a récupérés. En les détenant dans son écurie, le temps que leur santé s’améliore et qu’ils puissent reprendre leur envol, en les nourrissant, trois fois par jour, ou en les attachant, à l’aide d’une chaînette prolongée par une lanière de cuir, durant la durée de leur «repas», pour éviter que les deux oiseaux ne s’écharpent, l’homme a-t-il agi convenablement ou, au contraire, a-t-il violé la loi?

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Face aux questions de la juge Béatrice Neyroud, l’accusé a durant de longues minutes détaillé sa démarche. Le garde-chasse a précisé qu’il avait agi de la sorte, car il s’agissait de la pratique en vigueur au sein du service valaisan de la chasse. «Si nous récupérions un rapace qui n’était pas blessé, nous le nourrissions chez nous et nous le laissions partir quand il avait retrouvé la forme», a-t-il déclaré, précisant que, depuis que son affaire a été médiatisée, le pratique a évolué. Désormais, les gardes-chasses doivent amener l’oiseau à un centre de soins adaptés, dès qu’ils le récupèrent.

Le procureur demande une condamnation…

Pour le procureur Jean-Pierre Greter, c’est exactement ce qu’aurait dû faire le prévenu. Dans son réquisitoire, il a appuyé sur le fait que la détention d’animaux protégés nécessite une autorisation, que son poste ne lui attribue pas d’office et que l’accusé n’avait pas. «Une mission légale ne remplace pas l’exigence d’obtenir une autorisation respective», a-t-il appuyé, tirant un parallèle avec un ambulancier qui n’aurait plus son permis et qui, dès lors, ne pourrait pas exercer son métier. Le représentant du Ministère public a par ailleurs ajouté que l’accusé n’avait ni les compétences ni les installations nécessaires pour obtenir une telle autorisation.

Pour Jean-Pierre Greter, le constat est clair. Par ses agissements, le garde-chasse s’est rendu coupable d’infractions à la loi fédérale sur la chasse et à celle sur la protection des animaux. Il demande une peine de 75 jours-amendes avec sursis, couplée d’une amende.

… l’avocat de la défense un acquittement

Face à lui, Maître Bastien Geiger est offensif, presque agressif. L’avocat de l’accusé évoque «un Ministère public emprunté», une «instruction à charge», ou encore une «présomption de culpabilité». Pour l’homme de loi, le Ministère public aurait dû classer cette affaire, étant donné que les entités cantonales aptes à appréhender si une infraction pénale a été commise – en l’occurrence le bureau de la protection des animaux, qui dépend du vétérinaire cantonal – ont estimé que les agissements de son mandant ne violaient pas la loi, bien que la prise en charge fût inadéquate.

Pour Me Bastien Geiger, cette affaire révèle le manque de moyens du service de la chasse. Et, selon lui, le Ministère public considère que ce manque doit déboucher sur une condamnation de son mandant. «Si vous voulez faire le procès du service de la chasse, vous devez prendre un angle différent Monsieur le procureur», a-t-il lancé en direction de Jean-Pierre Greter. Insistant sur le fait que «même le loup a eu des traques plus dignes en Valais», l’avocat a conclu en demandant l’acquittement pur et simple de son client. Le jugement sera rendu ultérieurement.

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