S'il existe au moins un domaine dans lequel les relations entre la Suisse et l'Union européenne ne sont pas marquées par des tensions ou les valses-hésitations du Conseil fédéral, c'est la recherche scientifique. La ministre de l'Intérieur Ruth Dreifuss et le commissaire européen à la Recherche, le Belge Philippe Busquin, en ont fait la démonstration vendredi lors de la visite du second. Après avoir rencontré une équipe zurichoise de recherche sur le prion, le commissaire a discuté à Berne avec la conseillère fédérale - socialiste, comme lui - ainsi qu'avec quelques hauts fonctionnaires dont les secrétaires d'Etat Franz von Däniken (Affaires étrangères) et Charles Kleiber (Sciences et recherche), avant de tenir une conférence à l'EPFL.

Sur l'échiquier européen, Philippe Busquin est assurément un ami de la Suisse. La participation du pays, à titre d'associé, aux programmes de recherche européens (les programmes-cadres) est une vieille histoire. Avec l'accord bilatéral sur la recherche, les Suisses seront même intégrés à part entière, ils pourront diriger des équipes et leurs financements seront octroyés par le budget communautaire. La Suisse apportera ainsi un pécule non négligeable.

Secret de Polichinelle

En outre, le système aura pour mérite de clarifier la situation: dans les milieux de la science, il est un secret de Polichinelle que certaines équipes helvétiques dirigent de fait des projets tout en étant soi-disant subordonnées à d'autres sur le papier. Ruth Dreifuss a d'ailleurs «à cœur» de voir que les chercheurs suisses «ne rencontrent pas d'obstacles» dans leurs collaborations avec leurs collègues de l'UE. Vendredi, Philippe Busquin apportait en outre une bonne nouvelle: l'Union accepte d'inviter Berne aux définitions d'objectifs des programmes-cadres: «En dehors de toute question institutionnelle (la non-appartenance, bien sûr, ndlr), la Suisse a une place normale dans nos programmes et nous tenons à l'associer davantage aux décisions.» Tout cela devrait être possible pour le sixième programme-cadre, qui démarre l'année prochaine et est doté de 17,5 milliards d'euros (26,7 milliards de francs). Sous réserve, évidemment, de la ratification du bouquet d'accords, que le commissaire espère «avant octobre de cette année».

Philippe Busquin tient aussi à voir la Suisse figurer dans son «Espace européen de la recherche», vaste projet communautaire visant à évaluer les centres de recherche et à concentrer les subsides sur des secteurs jugés stratégiques. Car le commissaire partage de nombreuses symétries avec ses collègues de la Confédération. Comme eux, il a affaire à un paysage fragmenté qu'il tente de resserrer en accroissant la part de l'Union. Et, comme eux, il plaide en faveur d'une augmentation des moyens: l'UE consacre 1,8% de son PIB à la recherche, contre près de 3% aux Etats-Unis et au Japon. Avec 2,7%, la Suisse est «exemplaire», glisse l'ami belge.