Grâce à deux mécènes, Genève récupère la formation des pasteurs

Université L’alma mater crée deux chaires en théologie pour la rentrée 2015

Leur financement est assuré sur 10 ans par deux dons, issus de la Genève protestante

Petite révolution dans l’univers discret du protestantisme romand: la théologie pratique – pilier de la formation des pasteurs, dont l’enseignement était assuré jusqu’ici par l’Université de Neuchâtel – fera son retour à Genève dès 2015. L’alma mater genevoise annonce la création de deux nouvelles chaires en théologie, grâce aux dons de deux mécènes de la Cité de Calvin.

Le banquier Charles Pictet financera la chaire Irène Pictet – en hommage à feu sa mère –, consacrée à la théologie pratique. La seconde chaire, financée par une fondation de famille qui ne tient pas à apparaître nommément, «honorera la mémoire de Jacques de Senarclens, ancien doyen de la faculté», indique l’université. L’orientation de cette seconde chaire reste à définir. «Théologie pratique? Théologie systématique et éthique? C’est en discussion», résume Alexis Keller, président de la Fondation de la faculté autonome de théologie protestante, dont dépend la faculté genevoise.

Les mécènes se sont engagés à financer les deux chaires sur dix ans, «ce qui représente une enveloppe globale de 4 à 4,5 millions de francs», poursuit Alexis Keller. Et l’Université de Genève n’est pas en reste: «Elle financera des postes d’assistants pour les deux futurs professeurs et continuera de développer les formations à distance, un domaine dans lequel nous figurons parmi les pionniers», annonce Jean-Daniel Macchi, doyen de la faculté. Le bachelor à distance sera complété par un master en théologie à distance, en collaboration avec l’Université de Lausanne. «Alors que les MOOC (massive online open courses) sont en plein essor, ce master s’adressera à tous les étudiants du bassin francophone mais aussi aux Suisses qui souhaitent suivre cette formation en parallèle de leur vie professionnelle», explique le doyen.

La fermeture annoncée, dès la rentrée 2015, de la Faculté de théologie de l’Université de Neuchâtel est évidemment à l’origine de ces grands travaux. En 2004, les facultés genevoise, lausannoise et neuchâteloise s’étaient organisées en fédération pour se répartir l’enseignement de la théologie en Suisse romande. Genève héritait de la tradition protestante, de la systématique et de l’éthique, Lausanne enseignait les sciences bibliques et les sciences des religions et Neuchâtel se chargeait de la théologie pratique. Un partage devenu caduc avec la disparition de la théologie à Neuchâtel. «La formation en théologie était menacée, raconte Alexis Keller. Il fallait réagir. Nous avons approché des gens impliqués dans la vie de l’Eglise et les deux mécènes ont immédiatement répondu présent.»

Les observations de son épouse Anne-Marie – prédicatrice laïque – ont décidé Charles Pictet à mettre la main au porte-monnaie: «Nous avons réalisé que le fonctionnement de l’Eglise n’était plus forcément adapté aux attentes des gens.» Désertion du culte du dimanche, individualisation de la société, vie de plus en plus frénétique, «la soif de spiritualité des gens reste intacte, mais les besoins sont différents, observe Anne-Marie Pictet. La formation des pasteurs doit en tenir compte. Parler résurrection et vie éternelle dans un petit cercle d’initiés, c’est très confortable. Mais quand on se tient devant quelqu’un qui n’est pas un habitué du culte ou, par exemple, un jeune père qui va mourir, on est vite démuni.»

Conscient qu’il n’aura pas son mot à dire sur le contenu de l’enseignement – la convention de donation le précise noir sur blanc – de la chaire qu’il finance, Charles Pictet espère ainsi que son titulaire saura «aller à la rencontre des besoins du terrain». Un message que la faculté semble avoir bien entendu: «Il est exclu de nommer quelqu’un qui resterait dans sa tour d’ivoire, assure Alexis Keller. Le futur titulaire de la chaire de théologie pratique – de préférence une femme – devra évidemment travailler avec les Eglises pour évaluer les besoins. Tout est à inventer!»

La recherche de la perle rare a donc déjà commencé: les deux futur(e)s professeur(e)s doivent entrer en fonction le 1er août prochain.

«La soif de spiritualité des gens reste intacte, mais les besoins sont différents»