Le non des socialistes genevois à l'envoi de soldats armés à l'étranger est-il le premier grain de sable dans la mécanique de précision du Conseil fédéral vers le vote sur l'ONU l'an prochain? On peut le craindre.

Pas de surprise. Fidèle à sa tradition antimilitariste, le PS genevois rallie un référendum dont il avait déjà encouragé le lancement, comme il avait bien auparavant soutenu les deux initiatives du même GSsA pour la suppression de l'armée. L'opposition genevoise à l'armée repose à la fois sur des souvenirs douloureux comme la fusillade de 1932, mais aussi sur les mouvements pacifistes auxquels Genève a toujours fourni une tribune. Il est dès lors dans la logique de la gauche genevoise de refuser de faire de l'armée le principal instrument d'ouverture de la Suisse. Le développement de notre aide aux pays pauvres, une politique plus généreuse pour l'accueil des réfugiés de la violence, l'intégration de la Suisse dans les organismes internationaux de prévention des conflits, voilà pour la gauche les véritables armes de la solidarité suisse.

Le Conseil fédéral mise sur un oui à l'envoi de militaires armés sur les lieux de conflits pour entraîner la Suisse sur la voie de l'adhésion à l'ONU. Après le refus sec de l'intégration européenne, le 4 mars, le Conseil fédéral risque bien de perdre le soutien d'une gauche désormais peu motivée, alors que la droite nationaliste se sent des ailes. Il est significatif que les premières lézardes se manifestent à Genève, canton d'ouverture s'il en est!