«On veut voir et savoir ce qui se passe. On ne peut pas simplement faire confiance et laisser le gouvernement agir à sa guise.» Le député Michel Monney, président du Parti chrétien-social fribourgeois, s'indigne du fait que la suite à donner au rapport Ott sur la restructuration de la Police de sûreté (Le Temps de mardi) échappe à tout contrôle parlementaire.

Rappelons que sur 75 «problèmes» recensés par l'ancienne juge d'instruction neuchâteloise, 39 n'ont pas trouvé de solution et font l'objet d'une série de recommandations examinées par le gouvernement et passées au crible par les responsables de la police.

Contrairement au rapport Piquerez-Cornu sur les dysfonctionnements de la justice, celui concernant la police n'est en effet pas automatiquement soumis au Parlement.

Politiquement discutable dans un domaine aussi sensible que les mesures à prendre pour redresser un appareil policier secoué par l'affaire Grossrieder, la décision du gouvernement se base sur des considérations purement formelles. Le rapport sur la justice a été demandé par le parlement, via un postulat, alors que le deuxième rapport de l'avocate neuchâteloise Barbara Ott a été commandé par le gouvernement pour son propre usage.

La commission de justice du parlement a dû fortement insister pour obtenir une version expurgée du rapport. Cette version de 30 pages sur 150, anonymisée, ne permet pas de déterminer quelles personnes ou quels modes de fonctionnement précis sont source des problèmes relevés par l'expert. Les exemples donnés sont soit déjà connus du grand public, soit peu pertinents pour aboutir à une analyse globale et synthétique de la réforme à entreprendre.

Charles-Antoine Hartmann, président de la commission de justice, confirme qu'il n'y aura pas de discussion parlementaire à ce sujet. La commission, qui se réunira dans un mois, se bornera à examiner les rares aspects qui concernent les relations police-justice dans le but de compléter les mesures préconisées par le rapport Piquerez-Cornu. A titre personnel, le président ne partage pas les conclusions de Barbara Ott sur la procédure suivie lors de l'arrestation d'un policier. Il estime que l'enquête ne doit pas être confiée à un juge instructeur de la place car celui-ci, en raison de ses rapports professionnels avec la police, ne dispose pas de l'indépendance d'esprit requise.

Michel Monney exige que le rapport Ott intégral soit remis à la nouvelle commission de police et de sécurité qui sera désignée début mars. «Le gouvernement doit cesser ce genre d'exercice cachottier. Il faut de la transparence pour rétablir la confiance de la population dans la police et la justice.»

Le groupe radical examinera, pour sa part, début mars s'il convient d'intervenir. «J'attendais quelque chose de plus concret de la part du gouvernement», souligne Claudia Cotting, présidente du Parti radical.

Claude Grandjean, directeur de la Justice et de la Police fribourgeoises, réfute le reproche de manque de consistance de son programme d'action. Décidé à «assurer le suivi des recommandations» de l'expertise, il a avisé la police de ses intentions lundi matin. Il pense pouvoir faire un premier bilan de la restructuration «dans quelques mois».

«Le terme de réforme est exagéré. Il faut trouver des solutions à quelques problèmes. Il y a une quantité de détails à régler. Je vais travailler avec la police pour mettre tout cela en place», explique le conseiller d'Etat en précisant que «le gouvernement n'a pas déjà pris de décisions mais veut être au courant des mesures prises».

Reste la lourde question des responsabilités des multiples «problèmes» soulevés par le rapport Ott. Si une grande partie peut être attribuée à des policiers qui ont quitté leurs fonctions, notamment Paul Grossrieder, ancien chef de la Brigade des stupéfiants, et Peter Baeriswyl, ancien chef de la Police de sûreté, certains reproches, notamment les déficiences de communication interne, peuvent être faits au commandant de la police, Pierre Nidegger.

Claude Grandjean ne se prononce pas sur «l'imputation des fautes», sauf pour dire que l'ancien chef de la Sûreté est «le premier responsable». Le gouvernement envisage-t-il dès lors de tirer un trait sur le passé et de passer l'éponge? Pierre Nidegger est sous le coup d'une enquête administrative à la suite d'une accusation de faux témoignage durant le procès de Paul Grossrieder, accusation pour laquelle il a été acquitté, au bénéfice du doute, en décembre 2000. Le Conseil d'Etat devra trancher dans un contexte légèrement différent après la publication du rapport Ott. Claude Grandjean parle aujourd'hui «d'enquête disciplinaire qui va être reprise». Et élargie. «Nous sommes obligés de tenir compte de tous les éléments que nous avons en main», explique le conseiller d'Etat.

Le gouvernement est sans doute le seul à savoir comment il est possible de demander au commandant, sous enquête disciplinaire, de réorganiser la police avec toute la sérénité et la crédibilité nécessaires à ce genre d'exercice.