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Le Grand Conseil genevois a levé l'immunité de Pierre Maudet

Mis en cause pour un voyage à Abu Dhabi, le conseiller d'Etat genevois approuvait lui-même la levée de son immunité, ce qui lui ouvre l'accès au dossier. Auparavant, le parlement genevois a refusé un appel à la démission du magistrat

Le Ministère public genevois peut poursuivre Pierre Maudet pour acceptation d'un avantage lors de son voyage à Abu Dhabi, en 2015. Le Grand Conseil a levé jeudi soir, lors d'une séance à huis clos, l'immunité du conseiller d'Etat, mesure qu'appelait de ses vœux le principal intéressé.

A propos de ce jeudi 20 septembre 2018: Le jeudi noir de Pierre Maudet

Une décision inédite

Cette décision de levée de l'immunité est inédite à Genève pour un conseiller d'Etat en fonction. Tous les partis veulent que la lumière soit faite sur cette affaire qui secoue la République, ont-ils dit. La commission législative du parlement avait préavisé favorablement la demande du Ministère public, rendue publique le 30 août.

Pierre Maudet lui-même, donc, demandait cette levée. Il pourra désormais avoir accès au dossier de la justice. Son avocat, Grégoire Mangeat, a indiqué que le conseiller d'Etat souhaite pouvoir collaborer pleinement à l'établissement de l'entier des faits et qu'il demande à être entendu rapidement. Lors d'une prise de parole récente sur Léman Bleu, il a admis n'avoir pas dit toute la vérité: «J’ai besoin de dire que j’ai caché une partie de la vérité. Ce n’est pas admissible, je le regrette et je souhaite pouvoir l’expliquer.»

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Le parlement accepte la réorganisation des départements

Depuis, le gouvernement a revu son organisation. Pierre Maudet a perdu provisoirement plusieurs tâches, dont la présidence, la police et l'aéroport. Ses collègues déplorent le fait qu'il leur a donné des informations erronées à plusieurs reprises et qu'il a violé les règles du Conseil d'Etat en matière de procédure protocolaire et de non-acceptation de cadeaux.

Jeudi soir, le Parlement a accepté en urgence et à l'unanimité cette réorganisation. Malgré le tumulte que provoque cette affaire au bout du lac Léman, le débat a eu lieu dans le calme. Au nom du Conseil d'Etat, Mauro Poggia a rappelé que cette mesure vise à «s'assurer qu'il n'y a aucune ingérence, même soupçonnée, du Département de la sécurité sur les acteurs de la procédure en cours».

Le Grand Conseil, à l'exception du PLR et du PDC, a aussi adopté une résolution d'Ensemble à Gauche demandant que Pierre Maudet soit précisément dessaisi de la police et de l'aéroport. Intitulé «Une enquête au-dessus de tout soupçon», ce texte a été étudié par la commission de contrôle de gestion. Or, le rapport qui en émane ne respecte pas la confidentialité des travaux, ont protesté les députés.

Plusieurs appels à la démission, mais pas de vote en ce sens

Deux d'entre eux ont profité du débat pour critiquer Pierre Maudet. Yvan Rochat a fait part de l'irritation des Verts de voir le Parlement se prononcer à nouveau sur cette affaire. Il est revenu sur la gravité des actes commis par le magistrat, «surtout l'élaboration et la mise en oeuvre d'un mensonge» délivré aux institutions et à la population, invitant le PLR à «cesser le déni».

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Au nom d'Ensemble à Gauche, Jean Batou a déploré le fait que Pierre Maudet est encore membre du collège gouvernemental. «Nous reviendrons à la charge pour qu'il quitte le Conseil d'Etat», a-t-il promis. En début de séance, la majorité des députés avait refusé d'ajouter à l'ordre du jour une résolution dans ce sens.

Le principal intéressé n'était pas présent à la séance de jeudi. Il participait à une réunion de la Conférence des directrices et directeurs des départements cantonaux de justice et police à Zoug qu'il préside depuis le mois d'avril. La conférence devrait communiquer vendredi sur un éventuel remplacement de la présidence, au vu de la procédure judiciaire en cours.

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