Genève

Le Grand Conseil genevois montre la porte à Pierre Maudet

Une résolution invitant le magistrat à quitter ses fonctions partie de l’extrême gauche a rallié une large majorité du parlement cantonal. Les élus sont d’accord de discuter plus avant les moyens d’introduire dans la Constitution une possibilité de destituer les conseillers d’Etat

Calme, posé, voire apaisé par rapport aux excès de la veille, le Grand Conseil genevois a montré la porte à Pierre Maudet pour la première fois depuis l’éclatement de l’affaire qui secoue la République. Une très large majorité du parlement cantonal (66 oui, 8 non et 15 abstentions) a approuvé la résolution d’Ensemble à gauche «Pierre Maudet ne peut plus être membre du Conseil d’Etat et doit en tirer les conséquences immédiatement!».

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Le texte, a rappelé le député d’extrême gauche Pierre Vanek, avait été déposé le 18 septembre dernier. Depuis, un hiver de grogne a soufflé sur le canton. Son point culminant a été la révélation, par ce journal, que le conseiller d’Etat lui-même a admis avoir adopté un comportement «indigne de sa fonction». C’était devant les procureurs qui mènent l’enquête pénale qui lui vaut d’être mis en prévention pour acceptation d’un avantage.

«Théâtre de guignol»

«Ce sont les faits qui ont fait évoluer les positions», a insisté Pierre Vanek. Selon lui, la question de savoir si Pierre Maudet est un homme de pouvoir ou d’argent est tranchée: il serait un homme de pouvoir construit grâce à des caisses noires et des mensonges. La résolution soumise au vote est alors à ses yeux une «aide à la décision» pour «ne pas prolonger ce théâtre de guignol et pour se retirer dignement».

Thomas Wenger s’est tourné vers le conseiller d’Etat, apparu dans la salle Popov où siège le parlement à la faveur de ce débat, pour lui lancer cette supplique: «Par pitié pour nous mais surtout pour vous, mettez fin à cet acharnement.» Pour le chef du groupe socialiste, en effet, Pierre Maudet n’est pas victime d’un acharnement comme il l’a prétendu, c’est bien lui qui «s’acharne à prendre en otage les institutions».

«Je vous pardonne»

La députation PLR n’a pas demandé la parole. Ses 28 élus s’exprimeront par leurs votes, majoritairement favorables à la résolution (19 oui). Avant cela, Pierre Maudet a présenté ses excuses aux députés. C’était pour mieux se lancer dans une hardie défense de son refus de démissionner. De septembre à aujourd’hui, a-t-il lancé, les insultes, les avanies et les humiliations ont plu sur sa personne. «Comment passer sous silence les violations des secrets de commission et de fonction?» a dit le magistrat qui a enchaîné avec un «je vous pardonne» adressé aux «députés qui ont livré des documents». «Jamais je ne céderai à une pression politique, médiatique ou économique, a conclu Pierre Maudet. C’est l’honneur d’un magistrat. J’ai été élu pour combattre, pas pour me faire abattre.»

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La résolution, qui n’a aucun effet contraignant, semble n’avoir eu aucun effet tout court sur le conseiller d’Etat.

Plus tôt, le débat sur l’introduction dans la Constitution genevoise d’un principe de destitution d’un membre de l’exécutif cantonal, voire de l’entier du collège n’a pas fait un pli. Les 91 députés présents ont accepté d’y réfléchir, au sein de la commission des droits politiques.

Combler cette lacune dans la charte fondamentale prendra donc plusieurs mois encore. Il est même possible que la fin de ce processus intervienne après celle de l’affaire Maudet. C’est bien la volonté des élus, qui redoutent de faire émerger une loi de circonstance.

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Jeudi soir, le Grand Conseil avait accepté, à huis clos, d’étendre la levée d’immunité de Pierre Maudet. Le Ministère public pourra ainsi se pencher sur les sommes d’argent versées au politicien par Manotel. L’enquête pénale en cours a montré que le groupe hôtelier avait viré à deux associations liées au magistrat PLR des montants d’un total de 105 000 francs. Le groupe a aussi financé à hauteur de 20 000 francs une soirée d’anniversaire pour Pierre Maudet. Dans son édition de jeudi, le Tages-Anzeiger a affirmé que l’association de soutien au magistrat a recueilli, entre 2012 et 2018, 393 000 francs, de la part de contributeurs privés, dont le groupe hôtelier.

En septembre dernier, une première levée d’immunité avait été acceptée portant sur le voyage effectué en novembre 2015 à Abu Dhabi par le magistrat et sa famille.

Parcelle agricole déclassée

Enfin, l’affaire Maudet est également apparue à l’occasion d’un autre débat parlementaire, jeudi. Les députés étaient invités à se prononcer sur le déclassement d’une zone agricole à proximité de l’aéroport. La parcelle doit être reconvertie en cinq terrains de football, un centre d’entraînement et 90 000 m2 de bureaux et commerces. L’opération devra permettre au Servette Football Club d’y installer son académie, poussé qu’il est par l’Etat de quitter Balexert. Là, une école doit être construite. Cette opération inclut la construction de logements.

La famille propriétaire du terrain agricole a lancé un appel d’offres que la société Capvest a remporté. Or son dirigeant, Magid Khoury, a joué un rôle clé dans le voyage de Pierre Maudet. L’entrepreneur est mis en prévention pour ces faits. Ensemble à gauche voit le signe d’une tentative de corruption dans la présence de Magid Khoury dans cette affaire. Le MCG a usé du même argument pour s’opposer au déclassement. Les Verts, eux, mettent en avant la trop lourde atteinte à la zone agricole avec la perte de 12 hectares que représenterait ce déclassement que la majorité du parlement a néanmoins accepté à une majorité confortable. L’extrême gauche a annoncé le lancement d’un référendum.

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