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Le Grand Conseil neuchâtelois, 115 députés, installé dans une salle coincée entre le Château et la Collégiale.
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Analyse

Pourquoi le Grand Conseil neuchâtelois achoppe sur les questions financières

Arc-boutés sur leurs dogmes, les groupes politiques du parlement neuchâtelois perdent la capacité à chercher des compromis dans les débats budgétaires. Sans mesurer les risques de leur entêtement

Le canton de Neuchâtel se singularise par son paradoxe économique: son industrie de précision est innovante et crée des emplois, mais les taux de chômage et d’aide sociale sont parmi les plus élevés de Suisse. Le canton a aussi des soucis avec ses finances, son organisation hospitalière, l’opposition entre le Haut et le Bas. Et il a encore un problème avec son Grand Conseil.

Un parlement capable du meilleur, comme lorsqu’il soutient le programme de mobilité, appuie la réforme hospitalière ou la centralisation de la justice. Mais un Grand Conseil qui s’étripe dès qu’il s’agit de parler de finances, de fiscalité et de rôle de l’Etat. Face à face, deux blocs dogmatiques: une droite PLR, PDC, PVL et UDC, majoritaire (61 députés sur 115), face à une gauche PS – PopVertsSol (54 députés). Malgré plus de dix heures de débats répartis sur deux jours, le Grand Conseil a été incapable de s’entendre sur le budget 2017. Le risque est grand qu’il ne trouve pas la majorité qualifiée des 3/5 (soit 69 députés) pour adopter une version largement déficitaire qu’il amende à tout va.

Alors que le gouvernement bipartite (3 PS et 2 PLR) a trouvé ses marques et regagné la confiance qu’avait malmenée l’ancien Conseil d’Etat, le parlement cafouille quand il ne sombre pas dans la déliquescence. Les causes sont multiples.

La proximité des élections cantonales

La collégialité et le bon travail du Conseil d’Etat privent la scène neuchâteloise de jeux politiciens. A quatre mois des élections cantonales, où l’enjeu majeur est la réélection du Grand Conseil, les partis politiques ont fait du débat parlementaire sur le budget 2017 le lieu d’exhibition de leurs muscles, de défense sans concession de leurs principes, élevés au rang de dogmes. Ainsi, la droite a-t-elle profité de sa majorité «simple» pour faire passer une réduction symbolique de la fiscalité, malgré la nécessité de couper dans les prestations. Utilisant la salle du Grand Conseil comme espace de lancement de leur campagne, les partis ne pensent qu’à leurs thèmes de prédilection, sans égard pour l’intérêt du canton.

Lire aussi: Faute de compromis, Neuchâtel n’a pas de budget 2017

La perte de culture du compromis

Longtemps, et notamment lorsqu’il a dû se serrer les coudes pour sortir de la grave crise horlogère de la dernière partie du XXe siècle, le canton de Neuchâtel était cité en exemple pour sa capacité de compromis. Puis l’UDC est arrivée en 2002 et a imprimé une autre manière de faire de la politique, frontale. Neuchâtel est devenu un lieu de conflit politique. La prise du pouvoir de la gauche en 2005 puis la cohabitation entre un gouvernement de gauche et un parlement de droite, depuis 2013, ont compliqué les rapports politiques. Sociaux aussi, avec des syndicats virulents. La culture du compromis a fait place à celle des coups de force. Ainsi, l’examen du budget par le Grand Conseil ne commence jamais par la recherche d’un accord entre les principaux partis, gouvernementaux notamment. C’est d’emblée une guerre de tranchées et le rapport de force. C’est presque un miracle qu’il n’y ait pas eu, jusqu’ici, de clash budgétaire majeur.

Une procédure inadaptée. L’organisation du Grand Conseil privilégie les «débats libres». Peu structurés. Où un député peut revenir à charge autant de fois qu’il le veut. Souvent, les interventions s’écartent des objets traités, intègrent des piques personnelles ou partisanes. Trop souvent, le débat s’enlise. Les sessions du Grand Conseil neuchâtelois commencent le mardi à 13h30, s’arrêtent en début de soirée et reprennent le mercredi matin. Lorsque l’ordre du jour est chargé, une séance de relevés est programmée le mardi soir, après que les députés sont allés manger et boire ensemble. La fatigue péjore la qualité des débats. Il y a tout de même un avantage, la nuit porte souvent conseil.

Une commission des finances minée. Si le débat en plénum parlementaire dérape, c’est parce que les tisons du conflit ont été allumés dans une commission financière qui dysfonctionne. Elle devrait régler les problèmes, elle les exacerbe. La faute aux députés-commissaires, et notamment aux dinosaures de l’institution comme le libéral Olivier Haussener (qui s’en ira au terme de la législature), qui n’ont d’autre objectif que d’imposer leurs vues et écraser l’adversaire.

Absence de leaders et rangs trop larges. Avec 115 députés (pour 175 000 habitants), le parlement neuchâtelois est pléthorique. Nombreux sont les élus qui ne savent pas de quoi on parle vraiment, qui n’interviennent jamais ou presque, ou alourdissent inutilement les débats lorsqu’ils prennent la parole. Qui se fendent de belles déclarations de principes puis, non sans hypocrisie, suivent aveuglément les mots d’ordre de chefs de clans pourtant peu charismatiques, incapables de discuter et de négocier avec leurs alter ego des autres groupes. Face à un Conseil d’Etat composé de ministres bûcheurs et à la hauteur, le Grand Conseil fait peine à voir tant sa substance collective apparaît faible. La concrétisation du projet de l’élire dans une unique circonscription cantonale et de réduire les effectifs à 90 est urgente. Mais ce ne sera pas encore pour les élections de 2017.

Sans conscience du ridicule perçu à l’extérieur. Neuchâtel fut un canton riche, qui a favorisé le développement double de ses Montagnes et de son Littoral. Tel n’est plus le cas depuis la crise horlogère. Mais ce souvenir d’opulence reste vivace. Nombre d’élus neuchâtelois croient que le canton reste une bulle dans laquelle on peut y faire ce qu’on veut. Or, pour réaliser les nécessaires infrastructures de mobilité (une ligne ferroviaire souterraine entre Neuchâtel et La Chaux-de-Fonds; les contournements autoroutiers du Locle et de La Chaux-de-Fonds), le canton a besoin de 2 milliards de francs demandés à la Confédération. Du coup, Neuchâtel est observé. Comment fonctionne-t-il, gère-t-il sa trésorerie, se projette-t-il dans le XXIe siècle? Enfermés dans leurs luttes intestines, très peu de députés ont conscience que leurs jeux de bac à sable décrédibilisent le canton à l’extérieur.

En 2013, l’électorat a passé un grand coup de balai au Conseil d’Etat, lançant un quintet gouvernemental tout neuf qui, même s’il commet des erreurs – celle de ne pas terminer le premier volet de la réforme de la fiscalité des personnes physiques, pour 3,5 malheureux millions, en est une qui a rouvert la guerre fiscale –, porte un projet visionnaire et rétablit la crédibilité de l’autorité. Les élections de 2017 déboucheront-elles sur une profonde refonte du parlement, politique et en rapport aux personnalités? Le canton en a peut-être bien besoin.

Lire aussi: Une tuile neuchâteloise à 100 millions

Le gouvernement neuchâtelois, fort et fragile à la fois

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