C’est à coup sûr la décision de la décennie pour le canton de Neuchâtel. Le projet de RER et de Transrun – cette ligne ferroviaire directe souterraine de 16,7 kilomètres à construire entre les gares de Neuchâtel et de La Chaux-de-Fonds – a franchi une étape importante, mardi: une majorité de députés soutiennent «une vision audacieuse», une «opportunité historique», selon les formules enflammées des partisans du programme.

L’étape finale aura lieu le 23 septembre, avec le vote populaire des Neuchâtelois. «Nous devons maintenant descendre dans la rue et aller convaincre», affirme le ministre des Transports, Claude Nicati. «Nous comptons sur vous», a-t-il adressé aux députés, les impliquant dans la campagne à mener durant quatre mois.

«Nous vivons un moment historique», a lancé, en guise de préambule, le député socialiste Bertrand Nussbaumer. «Le projet influencera le développement du canton pour plusieurs décennies.» «Il doit permettre de nous développer à l’intérieur et à l’extérieur», renchérit le PLR Pascal Sandoz. «Les Neuchâtelois ont un train à prendre», pour le Vert Laurent Debrot. «Chacun pourra alors être fier d’être Neuchâtelois», selon le socialiste Mario Castioni. «Nous sommes à la croisée des chemins, dit encore Claude Nicati. Il ne sera plus possible de revenir en arrière.»

Ainsi, une majorité est prête à investir 919 millions dans l’infrastructure ferroviaire, dont 241 millions seront amenés par les CFF, qui ne devront pas rénover l’actuelle ligne, vieille de 152 ans, Neuchâtel – La Chaux-de-Fonds par Chambrelien et son rebroussement. 111 millions de plus seront fournis par la Confédération via le fonds d’agglomération. Reste 560 millions à charge des pouvoirs publics neuchâtelois.

Le plan de financement prévoit, entre 2014 et 2022, que le canton mette 12 millions par an et les communes 8 millions. Puis, dès 2023, lorsque le Transrun sera réalisé et opérationnel, et durant 25 ans, canton et communes paieront 32 millions par an (60% pour le canton et 40% pour les communes). En 2047, l’investissement devrait être entièrement amorti. La question qui taraude les Neuchâtelois: un canton qui peine à équilibrer ses comptes a-t-il les moyens de se payer le Transrun? L’UDC et certains libéraux-radicaux estiment que non. «Le projet est magnifique, mais il faut savoir humblement dire non», relève le député UDC ­Raymond Clottu.

Les commissions parlementaires ont pourtant trouvé une formule consensuelle destinée à rassurer. En même temps qu’ils voteront le crédit de 919 millions, les Neuchâtelois inscriront un article dans la Constitution cantonale exigeant qu’à la mise en service du RER, en 2023, le budget de l’Etat soit équilibré. Le Conseil d’Etat devra présenter une loi, au plus tard le 31 décembre 2013, qui dira comment résorber le déficit structurel et absorber l’investissement pour le RER.

En plus d’être un atout majeur de développement et de mobilité, le programme ferroviaire aura deux autres vertus: il doit générer la finalisation de l’assainissement des finances entamé par Jean Studer il y a sept ans et mettre en route les réformes institutionnelles qui feront des Villes de Neuchâtel, de La Chaux-de-Fonds et du Locle, une véritable agglomération polycentrique.

Le paquet constitue «une formule consensuelle, raisonnable et responsable», affirme le président du PS, Baptiste Hurni. L’UDC n’y croit pas. «Il aurait fallu réaliser les économies avant», clame Raymond Clottu.

Une fois les grandes déclarations faites, plusieurs députés – même certains de ceux qui avaient accepté le projet en commission parlementaire – ont exprimé leur hostilité au programme. Certains parce qu’ils viennent de régions «oubliées» par le Transrun, d’autres affirmant que la facture est trop lourde. Par ailleurs, le libéral-radical Philippe Bauer affirme qu’il n’y a pas d’unité de matière entre l’investissement pour le rail et un article constitutionnel décrétant l’équilibre budgétaire. Il craint un recours. Le canton de Neuchâtel avait déjà trouvé un compromis politique, en 2011, entre un programme de soutien aux crèches et la réforme de la fiscalité des entreprises. Le Tribunal fédéral avait cassé le principe du lien entre les deux objets, provoquant un report de la votation populaire.

Au moment d’imprimer, mardi soir, le débat se poursuivait. Sa dureté laisse apparaître davantage d’avis divergents qu’escompté.

«Nous sommes à la croisée des chemins. Il ne sera plus possible de revenir en arrière»