Un calme relatif avant une tempête annoncée. Ce mardi, le Grand Conseil neuchâtelois a largement validé le budget 2022 concocté par le Conseil d’Etat. Respectant le mécanisme du frein à l’endettement, il prévoit un bénéfice de 10,3 millions de francs pour des charges totales de 2,3 milliards. Un résultat atteint grâce à un prélèvement de 51,4 millions dans la réserve de politique conjoncturelle, pour compenser l’impact financier de la crise provoquée par le Covid-19.

«Des dix budgets que j’ai dû établir, celui-ci est sans doute le plus incertain», a relevé le directeur des Finances et de la Santé Laurent Kurth (PS). Fin programmée de certaines aides aux entreprises, reprise de l’inflation, réformes fiscales internationales sont autant de points qui lui font dire que «les perspectives étaient presque impossibles à établir».

En conséquence, le Conseil d’Etat a adopté une posture de continuité, articulée autour de trois volets: stabiliser tout ce qui pouvait l’être avant la publication du prochain programme de législature au premier trimestre 2022, tenir et passer le cap de la crise du coronavirus, et maintenir les ambitions visant à dynamiser le canton via des investissements. Ces derniers sont devisés pour l’an prochain à 114 millions de francs, le plus haut montant depuis quinze ans.

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Soutien aux milieux culturels approuvé

Le Grand Conseil a par ailleurs accepté à une courte majorité un amendement socialiste venant gonfler l’enveloppe budgétaire. Ce dernier prévoit que 700 000 francs – puisés dans la réserve politique conjoncturelle – soient débloqués pour constituer un fonds forfaitaire visant à soutenir les acteurs culturels de manière rétroactive pour la période courant de septembre 2020 à mars 2021. Une recommandation en ce sens avait été acceptée à l’unanimité du Grand Conseil en mars dernier, que le Conseil d’Etat avait renoncé à appliquer estimant que les mesures d’aides existantes étaient suffisantes.

Les députés ont en revanche suivi le Conseil d’Etat dans sa proposition de déplafonner la contribution totale des employeurs au fonds d’accueil extra-familial des enfants. Depuis 2012, elle était fixée à 0,18% de la masse salariale, mais au maximum 12 millions de francs. Ce montant sera supprimé pour répondre à l’augmentation des besoins en matière de structures d’accueil, ce qui devrait se traduire par 600 000 francs de recettes supplémentaires en 2022. Le PLR, qui déplorait le manque de consultation des milieux économiques, s’est opposé sans succès.

Lors du vote final, tous les groupes, à l’exception de l’UDC, ont approuvé ce budget, tout en rappelant que les réserves conjoncturelles n’étaient pas inépuisables. Les agrariens ont par ailleurs déploré un résultat d’exploitation qui présente une perte de 116 millions de francs. «C’est le premier reflet de la balance financière du canton et la situation n’est pas réjouissante», a déclaré un député à la tribune.

Inquiétudes généralisées pour l’avenir

L’avenir des finances cantonales fait l’objet d’inquiétudes généralisées. Le budget 2022 prévoit une augmentation de la dette de 200 millions de francs, à 2,16 milliards de francs. Elle devrait atteindre 2,4 milliards à l’horizon 2025, selon la planification financière. Cette dernière met aussi en évidence de futurs déficits, de 69 millions en 2023, 116 millions en 2024 et 144 millions en 2025.

Les socialistes ont déjà annoncé qu’ils s’opposeront à toute politique d’austérité, tandis que le groupe VertPOP entend veiller à ce que l’équilibre financier ne se fasse pas au détriment de ses objectifs écologiques et sociaux. Les libéraux-radicaux relèvent que l’augmentation de la dette fait porter un risque sur les générations futures et appellent le Conseil d’Etat à fixer des lignes directrices qui tendent «à un équilibrage durable du compte de fonctionnement». Le groupe vert’libéral-Le Centre lance un appel: «Nous devrons affronter ces prochaines années de manière unie et pragmatique.»

Ce budget n’aura donc pas été le test attendu pour le nouveau Conseil d’Etat, à majorité de droite depuis les élections de mai dernier. Mais il laisse déjà entrevoir des débats autrement plus houleux pour l’année à venir. D’abord lors de la présentation du programme de législature, qui sera scruté de très près. Puis lors de la présentation du budget 2023, pour lequel des mesures d’économies drastiques semblent déjà inévitables. Le gouvernement entend bien agir, à entendre Laurent Kurth: «L’évolution prévisible des finances cantonales est loin d’être stabilisée pour les années à venir. Ce n’est évidemment ni satisfaisant, ni acceptable.» Reste à voir comment se fera ce renversement de vapeur programmé.

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