Un nouveau recul radical, un léger tassement du PDC, une progression de la gauche et un ancrage historique de l'UDC: sur le papier, le nouveau parlement valaisan semble avoir subi de sérieux bouleversements. Vu de plus près, le renouvellement paraît pourtant concerner davantage les têtes que les forces politiques.

Les radicaux perdent certes cinq sièges (3 dans le Valais romand et deux dans le Haut-Valais), mais récupèrent les deux élus libéraux de Sion, qui se fondront désormais dans le groupe radical. Spécialiste inimitable dans l'art de minimiser les revers, le président des radicaux, Léonard Bender, estime d'ailleurs qu'il n'y a pas de «fatalité dans le recul», que, par rapport aux élections fédérales de 2003, le déclin semble enrayé. Et opère une distinction révolutionnaire entre «sièges perdus» et «sièges égarés», ces fauteuils envolés pour quelques voix, ou suite à de grossières erreurs stratégiques dans la composition des listes.

Une table aux quatre pieds

Quant aux trois sièges perdus par le PDC, ils ne le sont pas vraiment, deux d'entre eux restant effectivement dans le giron de la grande famille démocrate-chrétienne, puisqu'ils reviennent aux chrétiens-sociaux du Haut-Valais. La fameuse table PDC aux quatre pieds garde ainsi la majorité absolue dans le parlement, ce qui a fait dire au président du PDC du Valais romand, Raphy Coutaz, que «la force du centre, c'est de ne pas bouger».

La progression de la gauche (plus trois sièges) doit beaucoup, elle, «à la dynamique des alliances», selon le président des socialistes, Charles-Marie Michellod. L'on comptabilise en effet deux sièges verts inédits – un à Sion et un à Martigny –, et un siège chrétien-social à Martigny, à l'intérieur de l'Alliance de gauche.

La progression de l'UDC, enfin, reste relative: les blochériens triplent certes leur représentation, mais c'est à partir de quasiment rien – passant de deux à six sièges –, soit à peine 5% du parlement. Symboliquement pourtant, la possibilité de former un groupe redonne au parti un peu de vigueur et de crédibilité après une série de déconvenues électorales et des difficultés d'implantation évidentes. Sans le succès de dimanche, une mort lente quasi certaine attendait l'UDC valaisanne. Aujourd'hui, au contraire, même un Léonard Bender, habituellement jamais en retard d'une pique pour moquer les faiblesses agrariennes, admet que «les radicaux ont de la concurrence à droite».

Au niveau humain en revanche, la face du parlement se retrouve assez notablement changée. Certains ténors ne se sont pas représentés – les talentueux duettistes de l'aile libérale du PDC, Grégoire Luyet et Maurice Tornay, ou encore l'iconoclaste et rusé député socialiste Gabriel Bender. A la place, on peut s'attendre à des cataractes de salive du côté de deux élus sierrois de l'UDC, le notaire Edmond Perruchoud et l'arboriculteur Albert Pitteloud. Même si le leader du groupe devrait être l'ancien juge Jean-Luc Addor, seul cacique à avoir passé la rampe, le président Raphaël Filiez mordant la poussière à Martigny et le vice-président Narcis-Paul Rosu buvant la tasse à Sierre, tous deux distancés par des colistiers moins connus mais mieux implantés.

Auréolé de sa campagne au Conseil d'Etat, le Vert Georges Darbellay, élu sur la liste de l'Alliance de gauche à Martigny, pourrait également trouver là un surcroît d'audience. Enfin, cerise sur le gâteau de la peau neuve, on peut noter une belle progression des femmes, qui passent de 13 à 20%.