La commune de Préverenges (VD) refusait d’ouvrir son abri PC à des requérants d’asile déboutés, la voilà forcée d’obtempérer. Dans un arrêt du 9 juillet, le Tribunal fédéral (TF) vient de rejeter son recours contre la décision du canton, qui pourra ainsi réquisitionner l’abri situé dans le périmètre de l’école du village. Une décision qui a valeur d’avertissement: désormais, plus question pour une commune vaudoise de refuser d’accueillir des requérants. Syndic de Préverenges, Guy Delacrétaz dit son amertume.

Le Temps: Comment avez-vous accueilli cette décision du TF?

Guy Delacrétaz: Je l’ai apprise par les médias! La communication du TF est archaïque: ils ont envoyé l’arrêt par courrier à notre avocat ainsi qu’à l’Etablissement vaudois d’accueil des migrants (EVAM), mais pas à nous… La décision elle-même ne m’a pas surpris. Les juges se basent sur des lois et des codes, mais on se prive de la possibilité de réfléchir. Quand le canton a décidé de réquisitionner l’abri, personne ne s’est demandé où il se trouvait exactement, c’est-à-dire dans un complexe scolaire. Nous avions prévenu le conseiller d’Etat Philippe Leuba et l’EVAM que nous nous opposions à cette réquisition. Nous avons donc recouru devant la Cour de droit administratif et public, qui nous a déboutés. Si nous avons saisi le TF pour faire école.

– C’est-à-dire?

– Nous avons voulu ouvrir le débat. Maintenant, les communes savent qu’elles ne peuvent rien faire contre ces décisions, c’est gravé dans le marbre. Le grand perdant de cette histoire, c’est la population. Il est quand même surprenant de voir que deux institutions vont contre la volonté du peuple.

– La Suisse fait face à un afflux de requérants et les communes ne veulent pas les accueillir. Le canton n’est-il pas obligé de passer en force?

– Il faut trouver d’autres solutions. On peut installer des portakabin, ailleurs que dans les écoles. Les conditions de logement seraient plus décentes! Et surtout, le problème doit être traité à la racine. Je sais que les autorités sont prises à la gorge mais on aurait pu anticiper. Pendant la guerre dans les Balkans, il y avait trois fois plus de requérants et on ne faisait pas ces réquisitions. Entre-deux, on a démantelé les structures existantes, on n’a pas anticipé de nouvel afflux et on s’est contenté d’adopter une loi [La Loi sur l’aide aux requérants d’asile] et un règlement qui permet de forcer la main des communes. Je rappelle aussi qu’il ne s’agit pas de requérants mais de personnes déboutées: j’aimerais que l’EVAM et l’Office fédéral des migrations nous expliquent pourquoi les temps d’attente sont aussi longs.

– Vous sentez-vous dépossédé de vos prérogatives?

– Dans un certain sens, oui. Nous sommes censés faire respecter l’ordre public, mais on ne nous demande pas notre avis. C’est clair que c’est blessant. Cela dit, les cas où les communes sont placées devant le fait accompli sont légions.

– Et maintenant, qu’allez-vous faire?

– Je mets le canton face à ses responsabilités, nous prendrons les nôtres: nous allons tout faire pour que ça se passe bien, j’irai moi-même surveiller la situation et aider à l’intégration de ces gens s’il le faut, dont je suis sûr qu’ils sont tout à fait respectables. J’aimerais simplement que le canton nous informe correctement, qu’il nous dise précisément qui va venir, quand, etc.

– Savez-vous quand les premiers requérants déboutés vont arriver?

– Je sais que l’EVAM aimerait les installer dès le début du mois d’août. Mais je vais m’y opposer: je veux pouvoir informer les habitants de la commune. Faire tout cela pendant les vacances serait une nouvelle atteinte à la population et à son droit d’être informée. Et pour tout vous dire, mon vœu secret, c’est encore que le Prince renonce, même s’il est en droit de faire ce qu’il veut.