Avec Guy Parmelin, Vaud fait son retour au Conseil fédéral après bientôt dix-huit ans d'absence. Un record pour un canton qui était habitué, depuis fondation de la Suisse moderne (1848) et jusqu'au départ de Jean-Pascal Delamuraz (1998), à être représenté pratiquement en permanence au gouvernement suisse.
«C'est un moment fort pour le canton, un signe de plus de son renforcement», salue le socialiste Pierre-Yves Maillard, président du Conseil d'Etat vaudois, qui a assisté à l'élection avec trois autres ministres vaudois, pour entourer Guy Parmelin.

Les autorités vaudoises espèrent que le nouvel élu favorisera la prise en compte des intérêts du canton et de toute la région lémanique, estimant que sa spectaculaire croissance démographique et économique des dernières années n'est pas toujours prise à sa juste mesure dans la capitale fédérale.

C'est aussi l'espoir du PLR François Longchamp, président du gouvernement genevois: « Ce ne peut être qu'un plus d'avoir au Conseil fédéral quelqu'un qui connait la réalité du terrain.» Les dossiers de la fiscalité des entreprises (RIE III), de la péréquation financière (RPT), des hautes écoles sont au coeur des préoccupations, tout comme le besoin particulier de main d'oeuvre étrangère de l'économie de la région.

Attentes lémaniques

Dans le domaine des infrastructures ferroviaires, où ils rattrapent leur retard, les cantons de Vaud et de Genève ont pu constater combien la présence d'un Moritz Leuenberger au Conseil fédéral avait pu favoriser le développement d'une région zurichoise. Même si elle représente depuis une décennie le plus pôle de développement le plus dynamique de Suisse, la région lémanique n'est plus représentée au Conseil fédéral depuis le départ de Micheline Calmy-Rey, en 2011.

La joie officielle des autorités lémaniques d'avoir une courroie directe avec le gouvernement fédéral va toutefois de pair avec quelques questions. Le fils de Bursins sera t-il l'homme de la situation? Saura-t-il combler ces attentes, lui qui fait partie du comité d'initiative contre l'immigration de masse? Lui qui n'a guère saisi l'occasion jusqu'ici de démontrer son indépendance par rapport à son parti.

Dès lors qu'il passe du parlement au gouvernement, les responsables régionaux attendent de Guy Parmelin qu'il se sente davantage obligé de défendre un arc lémanique tourné vers une économie exportatrice et innovante et pour qui la préservation des liens avec l'Union européenne est une priorité. «Quand je siégeais avec lui au Grand Conseil, c'était un centriste», se souvient Pierre-Yves Maillard, qui pense «qu'on ne perd pas complètement ses racines politiques.»

De Delamuraz à Parmelin

La rupture de continuité dans la présence vaudoise au Conseil fédéral n'est pas seulement temporelle. L'agriculteur UDC Guy Parmelin, qui renoue avec cette tradition, prend la succession d'une prestigieuse lignée de magistrats radicaux, qui avaient aussi été syndics de Lausanne. Ses prédécesseurs directs sont Jean-Pascal Delamuraz (1993-1998) et Georges-André Chevallaz (1973-1983).

Ces conseillers fédéraux vaudois incarnaient à l'époque un radicalisme romand qui se flattait de construire des ponts entre la gauche et la droite économique.
De 1848 à 1998, Vaud a pu afficher quatorze conseillers fédéraux. A l'exception du libéral Paul Ceresole (1870-1875), ils étaient tous radicaux. On doit ajouter un quinzième nom à la série: le socialiste Pierre Graber (1970-1978), qui avait été conseiller d'Etat et, lui aussi, syndic de Lausanne, même s'il a été élu au gouvernement suisse comme Neuchâtelois.

Redressement

L'élection de Jean-Pascal Delamuraz au Conseil fédéral n'a pas empêché le Parti radical vaudois, qui avait si longtemps dominé la politique vaudoise, de traverser une profonde crise dans les années suivantes. Le défaut de successeur à partir de 1998 (année où Christiane Langenberger n'avait pas fait le poids face à Pascal Couchepin) a symbolisé, au-delà de la chute de la maison radicale, l'affaiblissement de tout un canton, aux prises à des difficultés politiques et financières.

Guy Parmelin réussit donc la reconquête que ni Pascal Broulis (2009) ni Pierre-Yves Maillard (2011), les deux derniers prétendants, n'ont réussie, même s'ils pouvaient l'un comme l'autre se prévaloir d'être davantage en phase avec les options majoritaires de leur canton. L'élection qui parait symboliser le couronnement du redressement vaudois survient avec un décalage chronologique: depuis une décennie, le canton est sorti des chiffres rouges et traverse une époque politiquement pacifiée grâce à sa marge de manoeuvre financière retrouvée.

Vaud célèbrera officiellement son nouveau conseiller fédéral le 17 décembre et les élèves auront congé.