Signe que la croissance économique de Genève reste très soutenue, la demande de travailleurs frontaliers ne faiblit pas depuis le début de l'année, contrairement aux premiers indices d'une baisse d'activité relevés ailleurs, dans le secteur de l'informatique. En juin, avec 31 478 permis saisonniers, Genève a pratiquement retrouvé son plus haut niveau de permis frontaliers, celui des années 90, quand le plafond de 32 000 avait été atteint, selon les chiffres publiés cette semaine par l'Office cantonal de la statistique. La hausse moyenne est d'environ 300 nouveaux permis chaque mois depuis le début de l'année. Modérée en 1999, la hausse de la demande s'est surtout fait sentir depuis août de l'an dernier, et elle est particulièrement forte depuis janvier.

Déblocage

Selon les spécialistes, l'évolution de la demande de permis frontaliers est directement liée à l'état de santé de l'économie locale, dont elle traduit l'évolution quasiment en direct. Ainsi, alors que depuis dix ans le secteur de la construction ne pouvait plus recevoir de nouveaux permis frontaliers en raison du chômage persistant, depuis un an, note-t-on à la Fédération des syndicats patronaux, il y a un déblocage dans cette industrie en raison du redémarrage des chantiers. Le bâtiment, l'informatique et les professions de la santé sont, avec l'hôtellerie, les secteurs où les besoins sont les plus forts. «Nos membres ont toujours des difficultés à trouver de la main-d'œuvre qualifiée sur le marché local de l'emploi», dit-on à la Fédération patronale, où l'on note encore que le secteur de la vente, lui aussi bloqué pour les nouveaux frontaliers, a dû être débloqué ces derniers mois, ce qui ne s'était pas vu depuis longtemps. La commission tripartite chargée de donner un préavis pour l'obtention des permis frontaliers est devenue moins rigide, notait un de ses membres, il y a quelques semaines, puisque désormais tous les ressortissants de l'Union européenne installés en France voisine peuvent obtenir le permis de travail frontalier, réservé normalement aux Français domiciliés en zone frontalière depuis au moins six mois. Et les maires chargés de signer le permis de résidence jouent aussi le jeu.

«Nous n'avons encore aucun signal nous permettant de penser que l'économie genevoise subirait un ralentissement de sa croissance, et encore moins qu'elle serait proche d'un retournement de conjoncture», dit-on à la Fédération des syndicats patronaux, où l'on note qu'une stabilisation de la croissance serait même bienvenue pour certaines entreprises qui ont besoin de se restructurer.