«En entrant dans ce bâtiment, tant de souvenirs de jeunesse me reviennent», lance, un brin nostalgique, le grand-duc Henri de Luxembourg, en balayant de son regard altier le hall d'entrée de l'université des Bastions. La semaine dernière, dans l'aula de l'Alma Mater, Son Altesse était orateur. Elle qui, de 1976 à 1980, occupait ici même la place de l'étudiant.

Invité par l'Association des anciens de l'Institut universitaire de hautes études dont il est membre actif, en collaboration avec le Club diplomatique de Genève et le Forum suisse de politique internationale, le Grand-Duc a disserté sur «l'expérience du Luxembourg au sein de l'Union européenne» devant quelque deux cents personnes.

«Ma vie d'étudiant à Genève a été l'une des plus belles périodes de ma vie», déclare-t-il volontiers au Temps, transgressant les consignes de son maréchal et de son aide de camp de ne pas s'adresser aux médias. «Je vivais avec l'insouciance de l'étudiant. Je n'avais pas encore tant de responsabilités. Mais surtout, poursuit-il, c'est ici que ma vie sentimentale a commencé.»

C'est effectivement à l'Université, en première année de sciences politiques, qu'il a rencontré en Maria Teresa Mestre, une Cubaine dont les parents avaient fui le régime de Fidel Castro, l'amour de sa vie. Leur mariage a été célébré en 1981, tout juste neuf mois avant la naissance du premier de leurs cinq enfants, le prince héritier Guillaume. L'ancien étudiant est monté sur le trône du grand-duché le 7 octobre 2000, après l'abdication de son père, le grand-duc Jean.

Le professeur Dusan Sidjanski, fondateur du département des sciences politiques en 1969, se souvient bien de cet étudiant pas comme les autres et de sa future épouse. «En deuxième année, le grand-duc et Maria Teresa étaient toujours assis l'un à côté de l'autre, de préférence au premier rang», raconte-t-il. Le professeur, qui entretient depuis une relation amicale avec le couple, relève l'influence exercée sur le prince héritier d'alors par celle qui allait devenir la grande-duchesse de Luxembourg: «Au début, je l'ai trouvé distant, retranché derrière sa position royale. Peu à peu, grâce à Maria Teresa, sa personnalité s'est épanouie. Chaleureuse, son épouse a contribué à le rendre plus ouvert aux autres et à l'intéresser à des sujets comme l'intégration des pays en voie de développement.»

Deux facteurs ont incité les parents du prince héritier Henri à envoyer leur fils étudier à Genève. D'abord la formation universitaire dispensée par l'Institut des hautes études internationales qui correspondait le mieux à sa future fonction de chef d'Etat. Et puis l'aspect sécurité. Les quelques membres de familles couronnées qui vivent à Genève jouissent d'une certaine tranquillité. Ce qui ne serait pas forcément le cas dans d'autres pays. De surcroît, à la fin des années 70, l'Europe vivait encore dans la psychose provoquée par des groupuscules d'extrême gauche qui planifiaient assassinats et enlèvements.

Même s'il n'y a pas eu de mesures importantes prises pour assurer la sécurité du prince héritier lorsqu'il suivait ses études, l'Université a tenté dès le début, à la demande du grand-duché, de cacher la véritable identité du futur souverain. Le grand-duc était inscrit sous un nom d'emprunt. «C'est très vite devenu un secret de polichinelle, se souvient le professeur Dusan Sidjanski, au bout de quelques semaines tous les étudiants savaient qui il était.»

Besogneux, «en dépit quelques difficultés en économie politique», confie le professeur genevois, le grand-duc Henri a intégré l'IUHEI après deux années de sciences politiques. Ancienne camarade de promotion, Isabelle Vidon se souvient «d'un jeune homme réservé, d'un étudiant comme un autre dont le cercle d'amis était proche de son épouse». A l'époque, Maria Teresa Metres avait poursuivi ses études en sciences politiques. «Leurs fréquentations étaient surtout des Latino-Américains», rapporte Dusan Sidjanski.

«Des amis que nous avons continué à voir», raconte le Grand-Duc. «Parmi eux, il n'y avait pas tellement de Suisses, car ils restaient entre eux et ne fréquentaient pas facilement les étrangers. Je ne sais pas si cela a changé. Mais à l'époque je trouvais ça dommage.»