L'enthousiasme ne vira proprement à l'extase qu'hier à Paris. Lorsque le patron du légendaire Tour de France, Christian Prudhomme, dévoila l'itinéraire officiel de l'édition 2009 à la presse et aux membres des délégations des villes-étapes candidates, agglutinés comme des disciples dans le Palais des Congrès. Au départ de Monaco le 4 juillet, le tracé dessinera une boucle en Valais, avec une arrivée d'étape prévue au cœur de la station de Verbier, dimanche 19. «C'est le top. En même temps, c'est l'aboutissement d'un travail de longue haleine», sanctionnaient à l'unisson le président de Bagnes, Christophe Dumoulin, et les autorités touristiques sur place. Verbier est candidate depuis 1990.

Trois jours en Valais, le jackpot

Fin d'un suspense un brin simulé, en fait. Ces derniers mois, des indices lourds comme des chapes avaient contribué à cimenter le fantasme. Il y eut les visites appliquées de l'organisation du tour, d'abord. Des échanges réguliers, «sans confirmation». Puis, durant l'été, des réservations massives dans quelques hôtels du Val de Bagnes pour la période du tour durant l'été, propres à exciter la presse locale autant que le comité de candidature, emmené par Gaston Barben. L'invitation officielle de l'ASO (Amaury Sport Organisation), organisateur de l'événement, pour «monter à Paris» vint finalement sceller ces promesses de jackpot.

Verbier et alentours, avec eux le Valais tout entier, tirent le gros lot. Non seulement la cartographie définitive de la Grande Boucle trace-t-elle, pour la quinzième étape, au départ de Pontarlier, une belle ligne franche dans la vallée de Bagnes, mais le Tour 2009 prévoit aussi de s'accorder un jour de repos le lendemain dans la région. Avant de relâcher les athlètes en cuissards mardi 21 juillet, de Martigny via Bourg-Saint-Maurice. Entre deux, le col du Grand-Saint- Bernard qui culmine à 2473 mètres sera du coup le «Toit du tour 2009».

180 chaînes de télé braquées sur une région

Trois jours, deux nuits, c'est l'assurance de retombées exceptionnelles pour toute la région, jubilait hier le porte-parole de Verbier Bagnes Tourisme, Pierre-Yves Délèze: «Quand on sait que 15 millions de personnes environ se pressent au bord des routes sur le tour, cela laisse augurer quelques dizaines de milliers de spectateurs dans la région l'été prochain.» 4500 personnes composent la seule caravane du tour. Calcul du responsable touristique: «1200 chambres d'hôtel sur deux nuits, c'est déjà des belles retombées directes.»

Unanimement reconnu comme le troisième événement le plus important au monde après les Jeux olympiques d'été et la Coupe du monde de football, en termes de couverture médiatique, le Tour de France - 105 ans après sa création par Gèo Lefèvre et Henri Desgranges, respectivement journaliste et directeur du magazine L'Auto, pour meubler l'actualité sportive estivale - joue aujourd'hui comme un aimant sur la scène sportive mondiale. En chiffres: 550 médias suivent l'épreuve, soit 1900 journalistes, ce qui représente encore 3000 heures de retransmission à la télévision sur plus de 180 chaînes.

«En 1984 à Crans-Montana, et on en parle encore...»

Preuve que le succès n'est pas surévalué. «La dernière fois que le Valais a accueilli le Tour de France, c'était à Crans-Montana en 1984, et tout le monde en parle encore», témoigne David Crettol, ancien responsable des événements à Crans-Montana Tourisme et organisateur des étapes du Tour de Suisse pour la station du Haut Plateau. Il ose augurer des retombées pour dix ans chez sa voisine du Val de Bagnes.

Comme les autres régions traversées par le Tour de France, Verbier veut exploiter au maximum le capital sympathie de l'épreuve. Elle en usera comme d'un hameçon. «Ce sera l'occasion de vendre le Valais à travers des reportages», lancent les responsables de Verbier Bagnes Tourisme, rejoignant l'analyse de Vincent Bornet, directeur adjoint de Valais Tourisme: «L'organisation faîtière réagira au quart de tour lorsqu'il s'agira de mettre sur pied des offres pour les journalistes en séjour ici», promet le responsable marketing, histoire d'assurer qu'on ira alors au-delà de la traditionnelle planchette valaisanne, viande sèche et rebibes, distribuée aux médias pour vendre traditionnellement le Valais.

800000 francs d'investissement

Avant l'euphorie, se présente aujourd'hui aux organisateurs de l'étape un défi considérable. L'investissement consenti est estimé à 800000 francs, dont une participation du canton encore à définir mais qui pourrait avoisiner 300000 francs, confirme le chef du Service du développement économique, François Seppey. «Cela colle à notre politique d'accueil des événements sportifs d'envergure internationale. Quoique controversé parfois, le Tour de France est avant tout une épreuve sportive hors norme très populaire. Les retombées iront au Valais tout entier.»

Gaston Barben, qui emmenait hier la délégation valaisanne à Paris, mesure l'ampleur de la tâche pour être à la hauteur de la légendaire épreuve mais est tout à fait confiant. «27 commissions se mettront à pied d'œuvre d'ici à la fin du mois...» A l'annonce du verdict hier, le sort de Verbier devait forcément contraster avec la déception de Finhaut, Porrentruy ou encore Lugano, également candidates pour accueillir une étape du Tour. Comment Verbier a-t-elle pris le pas sur ses concurrentes? On sait qu'au départ des négociations un homme qui compte dans l'entourage de l'organisation du tour, a facilité les contacts. Eric Cachard, propriétaire du Chalet d'Adrien, l'unique 5-étoiles de Verbier, a appuyé le dossier auprès des dirigeants. Pour le reste, la station bagnarde dispose surtout d'une expérience non négligeable dans le domaine en ayant accueilli le Tour de Suisse à quatre reprises ces huit dernières années.