Analyse

La grande embrouille de la gauche neuchâteloise

A moins de cinq mois des élections cantonales, le Parti ouvrier populaire rompt l’alliance électorale historique de gauche et le Parti socialiste rejette l’austérité gouvernementale, où il dispose pourtant de la majorité

Neuchâtel ne parvient pas à rompre avec les vieux démons qui le paralysent et freinent le canton dans ses nécessaires réformes. Pourtant, au sortir d'une législature calamiteuse et d'élections au printemps 2013 au cours desquelles l'électorat avait administré un grand coup de balai, les nouveaux élus avaient fait le serment de l'intérêt général.

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A l'approche des élections cantonales du 2 avril 2017, les partis politiques semblent avoir oublié 2013. A droite, l'UDC et le PLR sont en guerre ouverte. A gauche, l'embrouille pressentie se confirme. Le Parti ouvrier populaire (POP) a décidé, «à l'unanimité», dit son président Daniel Ziegler dans l'Express et l'Impartial, de renoncer à l'apparentement historique de la gauche pour l'élection du parlement. Un apparentement qui lui avait permis de prendre la majorité en 2005 et 2009 au Grand Conseil, alliance qui a projeté le popiste Denis de la Reussille au Conseil national en octobre 2015. S'il avait fait cavalier seul, le POP n'aurait pas obtenu le siège, socialistes et Verts se seraient partagés les deux places dévolues à la gauche.

Le POP, à fin contraire

Le POP ne se reconnaît pas dans ce qu'il estime être une «dérive socio-libérale» des conseillers d'Etat socialistes. C'est se méprendre sur deux composantes: la majorité du parlement neuchâtelois est à droite et il faut composer avec elle, et le canton a besoin d'assainir ses structures et ses finances.

PS et Verts lancent un dernier appel désespéré à l'union de la gauche

En franc-tireur colérique, le POP va à fin contraire. Avec son modeste 7% au plan cantonal - entre 12 et 25% dans le Haut du canton -, il risque de perdre lui-même des députés (il en compte 8 sur 115) et d'affaiblir encore un peu plus la gauche parlementaire (qui a perdu sa majorité en 2013 alors qu'elle prenait le Conseil d'Etat). Le POP prend le risque implicitement de renforcer le camp bourgeois qui ne jure que par l'assainissement de la trésorerie cantonale, avec des coupes plus marquées que celles proposées par le gouvernement.

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PS et Verts lancent un dernier appel désespéré à l'union de la gauche. Intégrés au groupe parlementaire PopVertsSol, les Verts sont divisés pour savoir à qui se raccrocher. Ceux du Haut du canton s'entendent bien avec le POP, ceux du Bas savent qu'ils ont beaucoup à perdre à ne pas être apparentés au PS.

Le PS refuse l'austérité de «son» gouvernement

La situation est encore embrouillée à gauche par la peu compréhensible prise de position du Parti socialiste, qui refuse l'austérité pourtant indispensable à un canton en proie à de graves soucis d'équilibrage des comptes. S'il n'y est pas acquis par principe lui non plus - il a tenté d'y opposer sa volonté de ne pas briser les dynamiques positives qu'il a engagées -, le Conseil d'Etat où siègent trois socialistes sur cinq a dû s'y résoudre pour endiguer les importants manques à gagner fiscaux et de péréquation fédérale. Accusés à tort de dérive droite, les ministres socialistes ont le nez dans la réalité et tentent d'y faire face. A l'inverse du parti dont ils sont issus, qui se braque et «s'oppose farouchement», dit-il, aux coupes attendues dans l'enveloppe dévolue aux subsides aux primes maladies ou dans le social. 

Accusés à tort de dérive droite, les ministres socialistes ont le nez dans la réalité et tentent d'y faire face

A la veille d'élections qui pourraient lui coûter encore des sièges au parlement, le Parti socialiste fait donc le choix de «lâcher» politiquement ses ministres pour, en apparence, se ranger du côté des plus faibles. Que le parti s'affiche à gauche est compréhensible. Qu'il rejette l'austérité contenue du gouvernement fait douter de sa volonté de rester maître du Conseil d'Etat. Osera-t-il faire capoter le budget 2017 du canton, pourtant déficitaire au-delà de la marge du frein aux dépenses, mettant de fait ses ministres en posture délicate? Ou faut-il y voir un coup de gueule temporaire avant de revenir à davantage de responsabilité au moment de décider?

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