Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire

La grande et la petite histoire du Conseil fédéral (16/24). La nuit des longs couteaux, la seule, la vraie

En 1983, les radicaux, refusant que le PS leur impose la première femme au Conseil fédéral, complotent pour faire élire le social-démocrate Otto Stich à la place de Lilian Uchtenhagen.

La «Nuit des longs couteaux». L'expression revient à chaque (ré-)élection du Conseil fédéral. Du moins depuis 1983. C'est effectivement cette année-là qu'a lieu la première véritable nuit du type dans les bars de Berne. Et, pour bon nombre, la seule: en comparaison, les autres seraient restées des nuits «des petits cure-dents», comme le dit en 2003 le Neuchâtelois Jean Studer, alors conseiller aux Etats.

Il n'empêche: le mythe perdure, depuis le complot tramé en décembre 1983. Cette année-là, les socialistes entendent frapper un grand coup, en faisant élire la première femme au Conseil fédéral. Ils présentent la Zurichoise Lilian Uchtenhagen à la succession de Willi Ritschard.

Intellectuelle plutôt brillante, elle fait partie de la «bande des quatre» qui, avec le président du parti, Helmut Hubacher, impose sa ligne très marquée à gauche au groupe socialiste. La candidature de Lilian Uchtenhagen est prise comme un geste d'arrogance par le Parti radical, alors tout-puissant.

Un congrès électrique

Celui-ci ne tarde pas à lui trouver un défaut: la Zurichoise serait trop fragile pour la fonction. Encore faut-il trouver un candidat de substitution. Helmut Hubacher prend grand soin de verrouiller les portes. Même le chancelier de la Confédération, Walter Buser, contacté par la droite, se récuse.

Dans la nuit du 7 au 8 décembre, à la veille de l'élection, dans une salle d'un restaurant bernois, la bien nommée Harmonie, l'idée tombe. Et si on appelait le Soleurois Otto Stich, directeur chez Coop Bâle, ancien conseiller aux Etats, très social-démocrate? Otto Stich, coaché par le secrétaire du groupe, Jean-Noël Rey (ndlr: aujourd'hui conseiller national valaisan), accepte, à la fureur du groupe socialiste.

Il sera élu par 124 voix (une de plus que la majorité absolue) contre 96 à Lilian Uchtenhagen. Le président du Parti radical, le Neuchâtelois Yann Richter, lâche un mot historique, qu'il niera avoir prononcé: «On sait qui gouverne en Suisse.» L'Association suisse pour les droits de la femme, elle, regrette que les parlementaires n'aient «pas su comprendre les signes du temps».

La presse titre alors sur «la nuit des tavernes», ou «la nuit des conspirateurs». Les longs couteaux, référence à la nuit du 30 juin 1934, lorsque Hitler fit exécuter les chefs des SA, jugés trop peu fervents, n'arriveront que plus tard.

En cet hiver 1983, la non-élection de Lilian Uchtenhagen met le feu au Parti socialiste. On parle de sortir du Conseil fédéral et de basculer dans l'opposition. Le congrès de février 1984 est électrique. Parmi d'autres orateurs, au milieu de quelque 1200 délégués, la conseillère nationale genevoise Amélia Christinat ira jusqu'à monter sur la table pour exhorter l'assemblée à se prononcer pour un retrait des conseillers fédéraux socialistes. Mais, à une relativement courte majorité, l'assemblée finit par rentrer dans le rang, provoquant des pleurs de soulagement chez les uns, de rage chez d'autres.

Une démission calculée

Otto Stich occupera, douze ans durant, le Département des finances. Il acquiert la réputation d'un gestionnaire tenace et têtu. Une anecdote circulant à son sujet dit qu'un jour, alors qu'il devait se rendre au parlement, il avait oublié son exemplaire du budget dans son bureau. Lorsqu'on lui proposa d'aller le chercher, il répondit: «Pas nécessaire, je le connais par cœur!» Il démissionne en 1995, juste avant la fin de la législature, ce qui permet au PS de se profiler avec de nouvelles têtes en vue des élections fédérales.

Lilian Uchtenhagen, une des premières femmes à accéder au Conseil national en 1971, y restera durant vingt ans, malgré sa candidature malheureuse au gouvernement.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo suisse

Des gilets à 3000 francs pour l'armée suisse? Le débat divise le parlement

Le Conseil national a refusé de suivre l'avis du Conseil des Etats. Celui-ci voulait réduire de moitié la facture des nouveaux gilets de l'armée suisse. Il a été convaincu par les arguments du chef du DDPS, Guy Parmelin. La question reste donc en suspens.

Des gilets à 3000 francs pour l'armée suisse? Le débat divise le parlement

n/a