Le 7 décembre 1988, Elisabeth Kopp, radicale zurichoise, cheffe du Département de justice et police (DFJP), est élue à la vice-présidence de la Confédération avec le score honorable de 165 voix sur 238. Sa carrière politique est pourtant à la veille de se briser, dans l'opprobre et dans les larmes. Cinq jours plus tard, elle annoncera sa démission pour la fin de février. Mais les évènements se précipiteront et, à partir du 13 janvier, elle ne sera plus qu'une ex-conseillère fédérale emportée par le scandale, rejetée par tous, remâchant son amertume dans la solitude, sans avoir ni admis, ni compris ses erreurs. Vingt ans plus tard, Elisabeth Kopp joue encore les victimes et cherche vainement une réhabilitation, aux côtés de celui qui causa sa chute, son mari Hans W. Kopp, auquel elle n'a jamais cessé de porter une admiration de midinette.

Le 2 octobre 1984, Elisabeth Kopp profite à la fois du traumatisme causé par la non-élection d'une candidate socialiste, Lilian Uchtenhagen, au Conseil fédéral l'année précédente, et de la démission prématurée du Zurichois Rudolf Friedrich, auquel elle succédera à la tête de Justice et Police. Aucun parti n'oserait aujourd'hui proposer un candidat encombré d'un conjoint aussi problématique que l'avocat Hans W. Kopp, un jouisseur flamboyant et sulfureux, qui aurait la fâcheuse habitude de fesser ses secrétaires, donne lieu à des soupçons de fraude fiscale et siège dans des conseils d'administration compromettants. Il a même perdu pour six mois l'autorisation de plaider. La presse s'en fait largement l'écho, mais rien n'y fait, les radicaux zurichois, encore tout-puissants, tiennent à être les premiers à envoyer une femme au Conseil fédéral. Pour eux aussi, ce sera le début de la débâcle.

Un mari bien informé

Elisabeth Kopp se montre à son avantage au Conseil fédéral, qu'elle soit confrontée à la révision de la loi sur l'asile, au nouveau droit matrimonial ou à la révision de la loi sur le droit international privé pour laquelle elle se fait assister devant les Chambres, c'est une première, par un spécialiste. A l'automne 1988 Hans W. Kopp fait à nouveau la une des journaux, qui évoquent sa démission du conseil d'administration d'une société zurichoise soupçonnée de blanchiment d'argent. La presse se demande ouvertement s'il n'aurait pas reçu des informations du Département de justice et police, dirigé par son épouse, ce qu'il dément formellement le 14 novembre dans une interview. Deux jours après l'élection du Conseil fédéral, les choses se précipitent. Le vendredi 9 décembre, Le Matin fait état d'une enquête en cours sur des indiscrétions survenues au DFJP. Le Conseil fédéral se réunit en séance extraordinaire et reçoit l'aveu d'Elisabeth Kopp qu'elle a bien donné un coup de téléphone à son mari le 27 octobre, pour lui recommander de quitter un poste exposé. Elle le reconnaît publiquement dans la soirée, au cours d'une interview télévisée.

Le scandale est énorme, mais Elisabeth Kopp tergiverse, rejette la faute sur sa collaboratrice personnelle, et estime n'avoir aucune faute à se reprocher, ni moralement, ni juridiquement. Il faudra que ses collègues et son parti la poussent à la démission pour qu'elle annonce son départ, le lundi 12 décembre, pour la fin de février. Le rapport du procureur spécial, dans lequel elle est soupçonnée de violation du secret de fonction, précipite son départ le 12 janvier. Le Tribunal fédéral lèvera cette accusation en 1990 mais Elisabeth Kopp ne retrouvera jamais la faveur de l'opinion. C'est moins le coup de téléphone malheureux à son encombrant époux qui aura causé sa déchéance que le fait d'avoir couvert les mensonges de son mari, d'avoir caché la vérité au Conseil fédéral, au parlement et au public, et d'avoir refusé de regarder la réalité en face.