Si Rudolf Minger vivait aujourd'hui, «il aurait sa homepage»! C'est la conviction des deux jeunes Bernoises qui lui ont attribué une adresse électronique et en ont fait le premier conseiller fédéral à disposer d'un site Internet posthume (http://www.mingerruedi.ch)!

Il faut dire que Rudolf Minger, né en 1881, n'était pas n'importe qui: c'est lui qui a créé le parti qui deviendra plus tard l'UDC. Son élection au Conseil fédéral le 12 décembre 1929 marqua l'entrée du futur parti conservateur dans un gouvernement alors composé d'une majorité radicale et d'une minorité démocrate-chrétienne.

Propriétaire terrien élevé dans le Seeland, Rudolf Minger s'est tôt engagé dans la défense des intérêts de la paysannerie. A l'époque, les agriculteurs étaient généralement membres du très dominant Parti radical. Mais ils sentaient de moins en moins compris par leur parti, qui s'intéressait davantage à l'industrie d'exportation.

Un discours qui a fait date

Rudolf Minger eut souvent l'occasion d'exprimer son souci lors d'assemblées paysannes. En novembre 1917, il prononça, devant la Fédération des coopératives agricoles bernoises, un discours qui allait faire date. Il plaida pour un nouvel ordre politique, l'introduction du système proportionnel lors de l'élection du Conseil national et la création d'un parti indépendant représentant les «intérêts du peuple bernois».

Ce discours ne resta pas sans suites. Le 28 septembre 1918 fut créé le Parti des paysans, artisans et bourgeois (PAB) du canton de Berne. Et l'année suivante, en 1919, le Conseil national fut élu pour la première fois à la proportionnelle.

D'entrée, le PAB rafla la moitié des 32 sièges dévolus au canton! Rudolf Minger était évidemment l'un des élus paysans. Dix ans plus tard, en 1929, se produisit un événement qui allait bouleverser sa vie et celle de son parti. Un conseiller fédéral radical avait démissionné et un second, Karl Scheurer, décéda brusquement. Cette double vacance radicale aiguisa les appétits des socialistes et des agrariens, aucun de leur parti n'étant encore représenté au gouvernement. Grâce à un coup de pouce tactique des conservateurs-catholiques, Rudolf Minger fut élu, empêchant ainsi la désignation d'un socialiste.

Le paysan bernois rêvait de diriger le département en charge de l'agriculture. Mais ce sont les rênes du Département militaire que ses pairs confièrent à cet officier de milice. Sans encore imaginer que la guerre allait meurtrir l'Europe, il se convainquit de la nécessité de rénover l'armement suisse et de réorganiser les structures de l'armée. Il obtint une hausse substantielle des crédits militaires et pu rallonger la durée de la formation des soldats. Il inventa l'«emprunt de défense nationale» et parvint à «vendre» le concept d'armée de milice auprès de la population, ce qui se révéla fort utile quelques années plus tard. C'est lui encore qui proposa, alors que les bruits de bottes retentissaient au nord du pays, de nommer Henri Guisan comme général en chef au détriment du germanophile Wille.

Plus de «witz» qu'Adolf Ogi

Il démissionna au début de la guerre, en 1940, et se retira dans sa ferme de Schüpfen, où il décéda en 1955. Sa dernière apparition publique eut pour cadre la Fête des Vignerons, à Vevey. Voilà qui est révélateur de son côté bon vivant. La grande confiance dont il jouissait, son flair politique, sa proximité du peuple, son visage rond surmonté d'une crête «iroquoise» avaient fait de «Ruedi» un homme immensément populaire. On a d'ailleurs raconté à son sujet davantage de «witz» que, plus tard, à propos de cette autre figure populaire que sera Adolf Ogi.

Ce dernier s'est d'ailleurs clairement inscrit dans la ligne politique créée par Rudolf Minger, dont le PAB a servi de fondement à l'UDC, née en 1971. Minger était clairement conservateur. Adulé par l'UDC bernoise, il est certes encore respecté par les autres têtes pensantes de l'UDC, mais il n'est pas sûr qu'il se reconnaîtrait dans le style politique adopté par le parti actuel.