Dimanche, à Vevey, c’est en dehors de la place du Marché – engloutie sous les estrades de la Fête des Vignerons – que le duel se jouait. Devant l’Hôtel de Ville pour les initiants du projet de parking souterrain, au bar Le Bout du Monde pour la coalition du non. Un vote émotionnel qui a déchiré la ville ces derniers mois, mais qui a aussi permis aux citoyens de s’exprimer une fois pour toutes sur l’avenir de sa place prestigieuse.

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La décision est tombée peu après midi: les Veveysans ont refusé à 53% l’initiative communale réclamant la construction d’un parking souterrain sous la place du Marché.

«Un vote de repli»

Les partisans déplorent une occasion ratée, mais se félicitent que les Veveysans aient pu se prononcer sur l’avenir de leur place, «après plus de quarante ans de palabres stériles». Philippe Oertlé, le coordinateur du comité «Oui au parking», interprète ce refus: «C’est un vote de repli de la population veveysanne. Vevey est un chef-lieu, plus de 85 000 personnes habitent le district Riviera-Pays-d’Enhaut et descendent faire leurs courses en ville. Ce sont eux qui font vivre la ville, et s’ils avaient pu voter, le résultat aurait été différent. Je vous prédis que ce refus va remettre en question la péréquation financière de ces différentes communes.»

L’initiative rejetée, la ville va pouvoir avancer («dès lundi», promet la syndique) dans ses réaménagements urbains. Le projet municipal pour la place du Marché appelé «D’amour et d’eau fraîche», fruit d’une vaste démarche participative, peut dès lors suivre son cours. Tout comme le plan de stationnement accepté par le Conseil communal en novembre 2018. Il prévoit de laisser 200 places sur 450 à la place du Marché et de reporter les autres vers des parkings existants ou à créer.

Non aux voitures dans l’hypercentre

Du côté de la coalition du non, on retrouve des membres des Verts, du Parti socialiste veveysan, de Vevey Libre et de Décroissances-Alternative qui ont su travailler ensemble au-delà des bisbilles minant leur municipalité. Attablés sur une terrasse avant que la pluie commence à tomber, la table de bistrot jonchée de prospectus fuchsia «NON au parking sous la place du Marché, 50 millions… et toujours des bouchons», ils soupirent de soulagement.

«Cette proposition de parking souterrain était alléchante au premier abord, mais nous avons dû faire le travail des initiants, c’est-à-dire concrétiser la vague idée qu’ils soumettaient au peuple. Nous nous sommes rendu compte qu’enterrer les voitures au centre-ville, sous la place du Marché, ne résolvait pas les problèmes de trafic et d’urbanisme de Vevey, mais continuait d’attirer les voitures dans l’hypercentre», défendent d’une même voix Yvan Luccarini et Sabrina Dalla Palma. «J’ai habité longtemps à Genève», renchérit Jean-Pierre Boillat. «Nous avons eu le même genre de discussions lorsque la ville voulait interdire les voitures dans les Rues-Basses. Les citoyens craignaient que les gens ne désertent le centre-ville, ce n’est pas arrivé.»

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La syndique, Elina Leimgruber, tient elle aussi à rassurer les commerçants. «L’idée n’est pas d’interdire Vevey aux voitures – nous n’enlevons aucune place de parc –, mais de fluidifier le trafic de la ville.» La municipalité se réjouit du résultat du vote de dimanche, même si on l’a peu entendue durant la campagne. «Nous nous sommes fait conseiller pour porter le projet municipal, validé par le Conseil communal, sans risquer de recours, comme en ont subi les communes de Tolochenaz ou Moutier. Nous avons pris position en faveur du non et avons répété les arguments qui figurent dans la brochure de vote», confie Elina Leimgruber.

Un jour, la place du Marché sera peut-être comme le prévoit la ville, dotée d’une zone piétonne, de dizaines d’arbres verdissant les trois côtés bâtis et, côté lac, d’une pente douce qui permettra d’accéder à une bande de sable et à une plage pérenne. Pas pour l’instant. Son réaménagement ne pourra être entrepris que lorsque les 250 places de parc que la municipalité veut supprimer dans le cadre de son projet seront compensées ailleurs. Pour les cinq ans à venir, au minimum, elle restera encore ce triste parking à ciel ouvert.