La présidence britannique de l'Union européenne et la Commission de Bruxelles ont lancé mardi une ultime offensive diplomatique pour éviter un échec des négociations bilatérales en cours depuis quatre ans avec la Suisse. Objet de toutes les attentions: le projet d'accord sur le transport conclu en janvier. Les ministres des Transports des Quinze, réunis à Bruxelles, l'ont passé au peigne fin. L'Allemagne et l'Italie ont mené la charge pour demander une renégociation du «compromis de Zurich». Un scénario que le Conseil fédéral exclut catégoriquement alors qu'il est prêt à discuter des «aménagements» réclamés par les pays du Benelux et la Grèce.

Dopé par le puissant lobby des poids lourds dont il a manifestement entendu les doléances, le ministre allemand des Transports est apparu plus combatif que jamais. «Il y a du progrès dans les négociations. Mais le projet d'accord avec la Suisse n'est pas acceptable en l'état. Des améliorations s'imposent», a martelé Matthias Wissmann, gonflé à bloc alors que les sondages donnent la coalition du chancelier Kohl perdante aux élections au Bundestag le 27 septembre prochain.

Le ministre a prudemment évité de parler en public d'une «renégociation» du projet d'accord ficelé le 23 janvier entre Moritz Leuenberger et Neil Kinnock, le commissaire européen aux Transports. Le résultat est le même: l'Allemagne, comme l'Italie, ne se satisfait pas du «compromis de Zurich». «Il y a un besoin de clarification évident», affirme Matthias Wissmann qui estime qu'«il faut faire preuve de patience et de ténacité». Mais Bonn n'est pas pressé: les travaux pourraient prendre «quelques semaines ou quelques mois». Bonn et Rome contestent le calcul de la future taxe poids lourds, 200 Ecus (environ 320 francs) en moyenne. C'est le montant de la redevance liée aux prestations qu'un camion de 40 tonnes devra payer à partir de 2005 pour traverser la Suisse entre Bâle et Chiasso. Matthias Wissmann appuie son raisonnement sur une étude réalisée à sa demande par le Deutsches Wirtschaftsinstitut (DIW). Les experts relèvent notamment que la Suisse calcule l'amortissement de ses routes sur une période de 40 ans, contre 60 en Allemagne. Leur coût serait ainsi artificiellement «gonflé» de 9 à 11 %. Bonn et Rome exigent donc ni plus ni moins que le montant de la taxe soit revu à la baisse. On imagine mal le Conseil fédéral entrer en matière, au risque de faire échouer l'accord devant le peuple. En revanche, Berne est prêt à lâcher encore un peu de lest pour satisfaire les revendications des pays du Benelux et de la Grèce qui exigent des «aménagements» au projet d'accord. Il s'agit par exemple de faciliter les procédures douanières pour accélérer le passage des camions à la frontière. Ou d'assouplir l'interdiction de circuler la nuit, entre 22 et 5 heures. Des négociations sont d'ores et déjà en cours. Neil Kinnock a sondé dans la journée par téléphone Moritz Leuenberger sur la marge de manœuvre dont dispose le gouvernement. De quoi alimenter les rumeurs qui affirmaient tout l'après-midi que le conseiller fédéral était sur le chemin de Bruxelles. Le débat des Quinze semblait devoir se poursuivre tard dans la nuit. Des sandwichs ont été servis aux ministres en début de soirée. La Grande-Bretagne, maître de cérémonie, cherchait à isoler l'Allemagne et l'Italie.

Si la manœuvre réussit, le «compromis de Zurich» sera porté au niveau des chefs de la diplomatie européenne. Ils en discuteront, le cas échéant, le 27 avril. Avec l'espoir d'arracher cette fois un accord global sur les sept dossiers en chantier dans les bilatérales. Si elle échoue en revanche, le dossier restera entre les mains des ministres des Transports. De mauvais augure pour une conclusion des négociations d'ici l'été encore.