Le Temps: Parvenez-vous à faire passer vos conceptions écologistes au sein de votre département, celui des infrastructures?

Philippe Biéler: Le plan directeur des transports actuellement en consultation me paraît découler d'une vision cohérente, que je n'ai pas initiée, mais que j'ai étayée. Quelques exemples: nous étudions déjà ce que deviendra la route cantonale N5 entre Yverdon et Vaumarcus après la construction de l'autoroute en 2004. Les variantes de la transchablaisienne 144 subissent de nouveaux examens. J'ai préavisé négativement la liaison par rail Leysin - La Berneuse parce cela s'imposait, même sans vision écologiste. Le Publicar, ligne d'autobus sur demande, est tout à fait dans la ligne verte. Mais surtout, je tente d'imprimer à tous mes collaborateurs le sens du développement durable, principe qui est à la base du plan directeur cantonal.

– Pouvez-vous l'expliciter?

– Le développement durable suppose de se donner les moyens de réexaminer régulièrement les projets dès leur conception, du point de vue tant économique qu'écologique. Dans les bâtiments, on regarde si les matériaux choisis polluent lors de leur production, puis leur impact sur la santé lors d'éventuelles émanations, et aussi comment ils peuvent être recyclés. C'est une sorte de révolution de pensée. Et beaucoup de projets sont réorientés en fonction de ces critères.

– Comment percevez-vous la recommandation de la table ronde sur les finances vaudoises, qui demande de restructurer et d'étudier la

fusion des services de l'aménagement du territoire (SAT), des améliorations foncières et de l'information sur le territoire?

– Je ne vois pas en quoi cette proposition augmenterait notre efficacité. Nous allons l'étudier puisqu'il le faut, mais je n'y vois pas une portée politique. Je pense que certains milieux hostiles à l'aménagement du territoire (toujours perçu comme un gendarme) ont voulu noyer le SAT, et que d'autres ont pu souhaiter le voir dominer les deux autres services.

En matière de réorganisation, le plan directeur des transports évoque plutôt la création d'une nouvelle instance encore non définie de planification des transports, entre les services de l'aménagement du territoire, des routes et des transports. Ce sera tout au plus la création d'un nouveau service, sans frais supplémentaires. La proposition de regrouper les architectes de l'Etat me paraît plus intéressante.

– Quelle marge de manœuvre avez-vous dans la conduite de votre département?

– Etant minoritaire au Conseil d'Etat, elle n'est pas considérable. Mais j'ai l'impression d'y faire du travail utile.

Propos recueillis par A. By