Un projet de tour divise Bussigny. Les citoyens de la commune de l’Ouest lausannois trancheront le 23 septembre. L’issue du vote, entre arguments rationnels et éruptions émotionnelles, servira de test populaire pour les autres gratte-ciel de Suisse romande. Dans le canton de Vaud, on en planifie dans la localité voisine de Chavannes-près-Renens ainsi qu’à Lausanne dans l’enceinte de Beaulieu. Genève, à La Praille, et Fribourg et sa Tour de l’Esplanade, échafaudent des barres verticales. Toutes devraient atteindre entre 60 et 80 mètres. Enfin, le oui ou le non qui sortira des urnes dira également quelque chose sur la manière d’appréhender l’essor phénoménal de la région lémanique tout entière.

A Bussigny, c’est la transformation d’une friche industrielle de deux hectares en quartier de logements et de bureaux qui a mis le feu aux poudres. Un grand silo à grains balise les lieux. L’Ecole cantonale d’art de Lausanne y animait une antenne jusqu’à son déménagement dans les locaux de l’ancienne usine Iril à Renens.

Démarré en 2007, le projet dessine une architecture urbaine pouvant culminer en une tour de 19 étages et de 60 mètres au maximum. Achevé, le quartier y hébergera 350 habitants et une centaine d’emplois près de la gare CFF et du tram promis pour 2020.

Dès l’adoption du plan partiel d’affectation à la rue de l’Industrie, un référendum a été lancé. En moins d’une semaine au mois de juillet, l’association Demain Bussigny a récolté plus de 1770 signatures, soit le double des paraphes nécessaires. Pour faire face, un comité de soutien au PPA mène campagne depuis ce lundi. Lors d’une conférence de presse, municipaux et élus de Bussigny ainsi que les auteurs du PPA ont vanté les atouts du projet en phase avec l’avenir de l’Ouest lausannois. Un cycle de séances publiques d’information aura également lieu pendant les trois prochaines semaines. Les partisans de la tour et de la «densification maîtrisée» s’engagent donc corps et âme pour l’emporter devant le peuple.

Bussigny, bourg de 8000 résidents, expliquent-ils, a besoin de logements. «Le marché est à sec», résumait Jean-Daniel Luthi, vice-syndic. Les indépendants y trouveront bureaux et cabinets à leur mesure, alors que les commerces seront bannis. Le terrain sera valorisé, il y aura des zones vertes en abondance et les voitures supplémentaires, études à l’appui, ne viendront pas saturer le centre-ville, prétendent les sponsors du projet. En outre, a rappelé le conseiller communal François Ramseyer, la petite cité ne coûtera pas un centime à la collectivité: les propriétaires assumeront la totalité des investissements. Par ailleurs, les contribuables supplémentaires apporteront les recettes fiscales couvrant les coûts des infrastructures indispensables pour les accueillir.

Malgré le soutien compact des autorités, des administrations communales et cantonales, des propriétaires des parcelles, le projet risque gros le 23 septembre. Les promoteurs du PPA avouent l’absence d’un plan B. Ce qui donne de l’emphase au vote. En cas de non, des activités industrielles pourraient s’y développer de plus belle, redoutent les municipaux, multipliant les désagréments des riverains.

Yvette Barraud, présidente de Demain Bussigny, n’y croit pas. D’autres projets existent, moins invasifs, plus écocompatibles. Face à l’union sacrée des officiels, elle s’étonne presque de la réussite d’une poignée de citoyens. «Des villageois issus de tous les quartiers», qui trouvent la tour déplacée dans le paysage et l’arrivée de centaines d’habitants trop «massive et rapide». Mais, nuance la porte-voix du référendum, «nous ne refusons pas toute croissance. Elle est de toute façon inéluctable. Nous la voulons plus modérée, favorisant l’intégration progressive des nouveaux venus». D’autant plus, note encore Yvette Barraud, que les projets immobiliers prolifèrent dans la commune.

Du coup, c’est tout le développement de l’Ouest lausannois, voire de l’Arc lémanique, qui se retrouve sur le gril. Le boom démographique et économique de la région provoque l’euphorie des uns, les interrogations des autres et le rejet de certains. La fronde contre la tour de Bussigny véhicule les doutes et les craintes: est-elle la bonne solution aux problèmes de logement? Les schémas directeurs, comme les plans d’agglomération qui promettent harmonie et cohérence ne rassurent pas les référendaires.

Le gratte-ciel, à la fois à la mode pour les plus enthousiastes et déjà dépassé pour les défenseurs d’une vision non «américaine» de la ville, va trop loin pour Bussigny, répètent les opposants. Le 23 septembre, les habitants diront s’ils veulent donner un coup de frein.

Près du quart des citoyens a signé le référendum contrela tour de 60 mètres