Taoua: Grégoire Junod accusé de faire un cadeau aux investisseurs

Lausanne Les opposants à la tour s’en prennent au droit de superficie

La municipalité, par son responsable du Logement, justifie un montage sortantde l’ordinaire

La municipalité rose-verte de Lausanne, à commencer par le socialiste Grégoire Junod, responsable du Logement et pressenti pour la syndicature, brade-t-elle le précieux sol de la ville dans le projet de la tour Taoua? C’est ce que n’hésite pas à affirmer le comité référendaire, qui a reproché vendredi à l’exécutif de faire «un cadeau de 86 millions à Bouygues».

Bouygues, c’est le célèbre groupe français dont l’entreprise suisse Losinger Marazzi, développeur de Taoua, est une filiale. 86 millions, c’est la somme que la Ville pourrait encaisser en plus, selon les anti-Taoua, si elle appliquait les normes habituelles du droit de superficie.

Les Lausannois se prononceront le 13 avril sur cette tour de 27 étages dans le périmètre du Palais de Beaulieu. Jusqu’ici, les aspects financiers étaient restés à l’arrière-plan. Les adversaires cherchent désormais à convaincre que la rente variable envisagée dans le futur contrat – elle est liée au prix de vente des PPE, et c’est une nouveauté tant pour Lausanne que pour le promoteur (LT du 14.03.2014) – est loin d’être une bonne affaire pour la collectivité.

Leur calcul est basé sur une comparaison avec d’autres droits de superficie récemment conclus. Il en ressort que la Ville pourrait ne toucher avec Taoua qu’un quart de la rente garantie ordinairement: Lausanne risquerait de n’encaisser que 29 millions de francs pour les 99 ans que couvre le contrat, contre 115 millions au tarif usuel.

Sur cette base, le comité des opposants – riverains, Verts, La Gauche et Mouvement de défense de Lausanne (MDL) –, dénonce «une socialisation du risque et une privatisation du bénéfice». Il craint que cette opération n’affaiblisse durablement la position de l’exécutif face aux investisseurs, notamment pour le projet Métamorphose.

Les partisans de Taoua, autour d’une alliance entre PLR et PS, rejettent fermement le calcul des opposants, qualifié de «dérapage». «Ce n’est pas un cadeau, mais un petit partage des risques, souligne Grégoire Junod, conformément à ce que nous avons toujours assumé.» Il est faux de comparer le droit de superficie pour des immeubles de logement, sans risque d’investissement, avec une tour à usages multiples, incluant hôtellerie et PPE, ajoute le conseiller municipal. Selon lui, la rentabilité de Taoua sera «un peu inférieure à la norme dans le plus mauvais scénario, mais très supérieure si les affaires marchent, ce que je pense».

Le comité pro-Taoua ajoute qu’il faut se baser sur la surface utile de plancher (SUP) de la tour (19 000 m2) et non sur sa surface nette (28 000 m2), comme le font les adversaires. La valorisation du terrain oscillera entre 11 et 32 millions de francs, précise-t-il. Avec une rente de 5%, le prix du m2 de SUP variera entre 28 et 85 francs, alors qu’il est en moyenne de 40 francs dans les opérations récentes et ordinaires de logement.

«C’est un petit partage des risques, conformémentà ce que nous avons assumé dès le début»