Le ciel est bleu en ce dimanche 18 octobre à Hérémence. Sur la place du village accroché au flan du Val des Dix, la population écoute attentivement la criée des résultats des élections communales. C’est à ce moment-là, lorsque Karine Sierro, l’actuelle présidente de la bourgade, annonce que l’Union démocratique du centre a obtenu quatre des sept sièges de l’exécutif, que Grégory Logean comprend qu’il sera son successeur. A 34 ans, l’Hérémensard deviendra officiellement, le 1er janvier prochain, le premier UDC président d’une commune du Valais romand.

Dans sa tête, les pensées se bousculent. Pour ses deux colistiers, Marc-Antoine Genolet et Ludovic Richiedei, sans qui tout cela n’aurait pas été possible, pour sa femme Laurence et sa fille Anne-Mélodie, ses soutiens de tous les instants, pour Roger Sierro, l’homme, disparu en 2010, qui a planté les premières graines UDC à Hérémence, mais surtout pour son papa Serge, décédé il y a quatre ans. «Il n’était pas là physiquement, mais je suis persuadé qu’il n’était pas très très loin», glisse sobrement Grégory Logean.

Un «jardin secret»

La disparition de son père fait office de déclic. Le jeune homme, très croyant – il est proche de la Fraternité traditionaliste Saint-Pie X d’Ecône, mais préfère ne pas en parler, car c’est son «jardin secret» –, se tourne notamment vers la religion pour surmonter cette épreuve et réaliser un travail sur lui-même, qui l’amène à se questionner sur la raison de notre présence sur terre. «La vie ne tient qu’à un fil. Lorsqu’on intègre cette réalité, cela nous permet de relativiser beaucoup de choses.»

Grégory Logean comprend alors que l’important n’est pas de savoir où il sera dans deux, cinq ou dix ans, mais «de faire son devoir d’Etat là où l’on se trouve présentement». «Depuis que je suis cette devise, je me porte mieux. Je suis serein et épanoui», assure-t-il. On est dans le courant du premier semestre de 2016, lorsque l’UDC arrête d’envisager un plan de carrière politique. Et c’est, paradoxalement, à partir de ce moment-là que celui-ci se dessine.

Réélu en mars 2017 à son poste de député, il prend la présidence du groupe UDC du Valais romand au parlement cantonal. Puis, cet automne, lorsque la présidente de sa commune annonce son retrait après une législature seulement, les sollicitations, de tous bords politiques, sont nombreuses, alors qu’il n’avait pas imaginé briguer un siège à l’exécutif d’Hérémence. En moins de dix jours, la décision est prise. Il se porte candidat au Conseil communal, dont il s’était fait éjecter huit ans plus tôt après un seul mandat, avec comme but d’en devenir le président. Objectif atteint.

Mais derrière cette victoire ne se cache aucune revanche, ni aucune vengeance. «Si c’était ces sentiments qui m’habitaient, je me serais porté candidat à l’exécutif communal il y a quatre ans, pour récupérer le siège perdu, or ce ne fut pas le cas», rétorque-t-il calmement. Pour lui, ce résultat est la récompense d’une fiabilité et d’un travail reconnus sur le long terme.

«Comme le bon vin»

L’homme qui endossera le costume de président de la commune le 1er janvier prochain n’est plus celui que la population a sanctionné en 2012. Le caractère provocateur qu’on lui connaissait à l’époque s’est adouci. Tout comme ses prises de position (on se souvient de celle taxant l’homosexualité de déviance). Grégory Logean a également appris de ses erreurs, notamment cette soirée de soutien, lors de la campagne de 2012, placée sous le signe de la «goulache traditionnelle hongroise», alors que la commune est secouée par une affaire de placements financiers de plusieurs millions, dont près de trois dans des obligations d’Etat de ce pays d’Europe centrale.

«Satisfait et reconnaissant»

«En douze ans, j’ai mûri. Du célibataire, encore en formation, sans réelle expérience politique, je suis passé au père de famille, cadre dans une entreprise familiale et chef de groupe au parlement. J’ai acquis de l’expérience et une certaine sagesse. Certains disent même de moi que je suis comme le bon vin, je deviens meilleur avec les années», sourit-il. Cette évolution, il la doit notamment à son entourage. «Souvent en politique, l’entourage peut être faussement flatteur. A l’UDC d’Hérémence, nous sommes de vrais amis. C’est extrêmement important, car on se dit les choses, en toute franchise. Et c’est cela qui permet d’évoluer.»

Mais Grégory Logean ne veut pas tirer la couverture à lui. Il ne cesse de répéter que sa réussite est celle d’un collectif, comprenant ses colistiers, sa famille ou encore ses amis. «Nous sommes tous copropriétaires de ce résultat», insiste-t-il. Est-il fier d’être le premier UDC président d’une commune du Valais romand? «Fierté n’est pas le bon terme. Je suis satisfait, mais surtout reconnaissant envers la population de ma commune, qui a dépassé les clivages partisans. L’étiquette politique n’a pas été un obstacle.» A lui désormais de prouver que le choix fait par les Hérémensards était le bon.


Profil

1986 Naissance à Hérémence.

2008 Est élu pour la première fois à l’exécutif de sa commune.

2011 Mariage avec Laurence.

2012 Naissance de sa fille Anne-Mélodie et est éjecté de l’exécutif communal.

2013 Est élu député au Grand Conseil valaisan.

2020 Devient le président d’Hérémence.


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