«Jusqu'ici, notre association ne représentait pas grand-chose, mais nous sommes désormais des partenaires crédibles avec lesquels il faudra compter dans la politique de santé», déclare Oscar Matzinger, président de l'Association des médecins assistants et chefs de clinique (ASMAV). Mercredi soir, les médecins en formation réunis en assemblée générale ont réservé un accueil enthousiaste à l'accord conclu entre leurs négociateurs et le Conseil d'Etat, qui met fin à une grève administrative d'un mois et demi (Le Temps d'hier). Tout autant que les améliorations des conditions de travail obtenues, c'est la reconnaissance de leur corporation qui suscite la joie des grévistes.

L'accord conclu la semaine dernière prévoit l'instauration d'une commission paritaire ASMAV-Etat de Vaud pour la mise en œuvre et le suivi des nouvelles dispositions. Il existe donc désormais un cadre spécifique et durable pour les relations directes entre le canton et les 800 médecins en formation, alors qu'il fallait précédemment passer par l'intermédiaire des commissions des hôpitaux. Ce cadre devrait garantir la bonne application de l'accord par les chefs de service, souligne Oscar Matzinger.

Par ailleurs les médecins assistants siégeront désormais dans la Commission cantonale de politique sanitaire, aux côtés des autres acteurs de la santé que sont les médecins privés, les hôpitaux, les assureurs, les EMS, etc. Cette ouverture, qui avait été obtenue avant la grève (celle-ci a servi à faire aboutir des négociations déjà en cours, non à les déclencher), est considérée comme importante par les nouveaux invités. Cette instance consultative est le passage obligé pour tous les projets importants de la politique sanitaire, et les assistants entendent y faire entendre activement leur point de vue.

«Il fallait nouer une nouvelle relation, trouver une nouvelle place pour ce corps de métier», déclare de son côté Charles-Louis Rochat, le patron de la Santé publique. Le conseiller d'Etat libéral se félicite d'un accord qui a permis de retrouver la paix sans toucher au budget 2003 et qui inclut, par le biais providentiel d'un fonds dont peu de gens connaissaient l'existence, une participation des médecins assistants au financement du 13e salaire complet qui leur a finalement été concédé. Mais il prétend que «les mêmes résultats auraient pu être obtenus sans la grève», et rappelle aux désormais ex-grévistes que «les médecins assistants de 2002 sont les médecins chefs de 2006 et les professeurs de 2010».

Ce sont pourtant bien les doutes qui pèsent sur cette progression comme sur l'ensemble des perspectives et la conviction que les modèles traditionnels de parcours professionnels sont morts qui ont été le détonateur du conflit vaudois. «Beaucoup d'entre nous sont encore chefs de clinique à l'hôpital à 35 ou 40 ans et ne voient plus le bout du tunnel», note Oscar Matzinger. Selon le président de l'ASMAV, il est clair que l'on va vers une «professionnalisation des médecins au sein de l'hôpital». Le nouveau statut pour les médecins chefs, qui est encore en cours d'élaboration mais qui devrait entrer en vigueur l'an prochain, prévoit d'en faire tous des salariés.

Survenant quatre ans après un précédent zurichois, qui avait également eu une issue favorable pour les médecins assistants, le conflit vaudois était suivi avec attention dans le reste de la Suisse. Selon l'ASMAV, les Vaudois sont les premiers à obtenir le décompte hebdomadaire des 50 heures de travail prescrites, alors que les directeurs cantonaux des affaires sanitaires envisageaient d'introduire une base de calcul trimestrielle pour toute la Suisse. Il est donc probable que cette revendication se généralise dans le pays. Avec ou sans grève.