«Il n'y avait jamais rien eu à la Boillat, note Michel Jeandupeux, un ancien secrétaire central des syndicats chrétiens. Dans l'entreprise de Reconvilier, la convention collective avait toujours été respectée. Pour qu'il fasse neuf jours durant la grève et les gros titres des journaux, il fallait donc que le personnel soit bien en colère contre la direction, estime le permanent retraité: «Les gens de la vallée de Tavannes s'identifient beaucoup à leur entreprise, qui leur donne du travail, mais ils veulent qu'on les écoute.»

Des entreprises sociales et paternalistes, des travailleurs de bonne composition. Tels sont les éléments traditionnels du paysage industriel du Jura bernois, évoqués d'une même voix par les observateurs syndicaux ou patronaux. Un administrateur de la région déclare ainsi ne pas arriver à comprendre «comment l'entreprise a pu laisser la situation se détériorer à ce point.»

Problème d'image

Cette «panne extrêmement grave» ne peut s'expliquer selon lui que par un manque de respect envers les collaborateurs: «Le facteur humain est déterminant, on ne peut pas gérer une entreprise qu'avec des standards, même si ceux-ci sont excellents.» Selon cet interlocuteur, il n'y a rien de plus faux que de décrire la région comme sinistrée et il estime même que l'affaire n'a pas grand-chose à voir avec la globalisation. Mais il s'inquiète des répercussions de la grève pour l'image déjà peu flatteuse du Jura bernois, où il est si difficile d'attirer les cadres dont on a besoin.

Pierre-Yves Maillard, syndicaliste fraîchement élu au gouvernement vaudois, voit au contraire dans cette grève un conflit exemplaire, puisqu'il montre qu'il est possible de résister aux conséquences néfastes de la «financiarisation» des entreprises, à savoir des logiques de rentabilité rapide qui s'affrontent aux stratégies à long terme qui ont cours dans l'industrie des machines. «Les délocalisations s'anticipent et c'est le mérite des travailleurs de Reconvilier d'avoir su frapper assez tôt», explique le socialiste, qui a participé mercredi sur place à la manifestation de solidarité.

«Une grève de neuf jours, dans une entreprise conventionnée, qui a forcé la direction à négocier, c'est une révolution pour le patronat suisse», affirme Pierre-Yves Maillard. A l'annonce de la négociation, la faîtière de l'industrie des machines aurait reçu beaucoup d'appels de membres fâchés ou inquiets de cet éventuel précédent.

La faiblesse des capitaines

Sur le risque de contagion, les avis varient. «Les paramètres de la lutte syndicale changent, le ton se durcit», note Pierre-Olivier Chave, patron de PX Holding (La Chaux-de-Fonds), soulignant que le nouveau syndicat Unia se doit de démontrer son potentiel. Mais il critique également «le manquement global et fondamental dans la communication» que révèle la crise de Swissmetal.

Le patron de PX Holding déplore aussi que les capitaines d'entreprise s'adaptent avec résignation à la globalisation, sans travailler aux alternatives que l'on pourrait trouver dans l'innovation: «Les générations qui se suivent en faisant plus ou moins la même chose, c'est vraiment fini.»