Plusieurs centaines de militants pour le climat occupaient toujours la place Fédérale mardi après 22h. Ils ont ignoré le deuxième ultimatum fixé par les autorités municipales bernoises.

Au terme de la deuxième journée de la manifestation organisée par les activistes du climat sur la place Fédérale, les tensions entre le parlement fédéral, à majorité de droite, et la municipalité de Berne, composée de quatre membres du camp rose-vert et d’un démocrate-chrétien, sont palpables. Après avoir accepté lundi soir une première motion d’ordre de l’UDC demandant l’évacuation de la place, le Conseil national s’est prononcé mardi sur une deuxième motion d’ordre, déposée par l’UDC Esther Friedli. Elle réclamait de nouveau la libération de la place Fédérale, où les manifestations sont interdites pendant les sessions parlementaires. Mais elle voulait aussi convaincre le Conseil national de déposer plainte contre la ville de Berne ainsi que les «extrémistes climatiques et les radicaux de gauche pour non-application du droit en vigueur».

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Pas de place pour les étals du marché

Elle exigeait aussi que la ville dédommage les maraîchers qui n’ont pas pu installer leur stand pour le traditionnel marché bi-hebdomadaire ou qui subissent une perte de chiffre d’affaires «de 50 à 80%». Jugée excessive, cette motion a été rejetée par 90 voix contre 79 et 16 abstentions. Mais elle reflète une partie du malaise observé mardi. A leur arrivée à l’aube, plusieurs maraîchers ont dû constater que, contrairement à ce qu’avaient promis les grévistes, ils ne pouvaient pas déployer leur étal devant le Palais fédéral.

Selon le président du marché, Werner Stettler, qui s’est exprimé sur le site Nau.ch, «les manifestants ont laissé six ou sept tentes au lieu des deux promises. Je suis déçu et fâché contre le Conseil municipal, qui laisse faire ça», s’est-il emporté. Une porte-parole des grévistes a regretté de son côté qu’il n’ait pas été possible de libérer la totalité de la surface promise aux producteurs régionaux de fruits et légumes.

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A gauche, un ton très différent

La colère des parlementaires du centre et de droite ne s’arrête pas là. L’un d’eux s’étonne que les manifestants aient pu si facilement utiliser les bornes amovibles de recharge électrique installées sur la place Fédérale. A gauche, le ton est très différent. Dans une prise de position enregistrée en vidéo, le président des Verts, Balthasar Glättli, a plaidé pour le droit de manifester en période de session parlementaire. «Je ne comprends pas pourquoi, dans un pays qui connaît la liberté d’expression, personne n’aurait le droit d’exprimer son opinion sur la place Fédérale au moment où, nous, parlementaires, sommes réunis pour faire de la politique», a ajouté de son côté la cheffe du groupe des Verts, Aline Trede.

Le Conseil municipal, présidé par le Vert Alec von Graffenried, ne sait visiblement pas comment se sortir de ce guêpier. Il éprouve visiblement des sympathies pour la cause défendue par les manifestants. Mais il est sommé d’agir. Lundi soir, il leur a fixé un premier ultimatum: ils devaient déguerpir avant mardi midi et il leur était proposé de se réunir ailleurs en ville. A midi, personne n’avait bronché. Le Conseil municipal s’est de nouveau réuni l’après-midi pour constater cet état de fait. Et fixer un nouvel ultimatum: les activistes devaient «pacifiquement» libérer les lieux d'ici à mardi soir.

La municipalité leur a proposé de se déplacer vers un autre espace public de la ville et de maintenir «un stand d’information, une tente ou quelque chose d’analogue» sur la place Fédérale, a-t-elle communiqué en fin de journée. Et si rien ne se passe? «La municipalité constatera alors que le dialogue a échoué», dit-elle laconiquement, sans préjuger de la suite.

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Une seconde manifestation en parallèle 

Hormis quelques tensions matinales avec des maraîchers et une tentative de blocage des transports publics vite déjouée, la situation a été plutôt calme sur la place Fédérale. Les jeunes ont distribué des petits pots de fleurs aux passants… et aux policiers. Mais une seconde manifestation a failli tout faire basculer. Des migrants se sont retrouvés à proximité de la gare pour protester contre leur statut, avec la ferme intention de rejoindre les activistes du climat devant le Palais fédéral. Ils ont tenté de forcer un barrage de police, qui les a contrés à l’aide de gaz irritant et de balles en caoutchouc avant de les laisser rejoindre la place Fédérale, où la situation s’est tendue en fin de journée. La suite de la semaine s’annonce crispée.