14 juin

Pour la grève des femmes, les syndicats affichent la couleur

Un salaire minimum de 4000 francs pour tous, la semaine hebdomadaire de 35 heures et un congé parental de 24 semaines: l’Union syndicale suisse (USS) veut frapper un grand coup le 14 juin prochain

«Plus de temps, plus d’argent et plus de respect.» A un mois de la grève des femmes du 14 juin, l’Union syndicale suisse (USS) a présenté ses revendications et celles-ci sont nombreuses. Elles vont d’un salaire minimum de 4000 francs à une semaine de travail hebdomadaire réduite à «35 heures au maximum», en passant par une protection étendue contre le licenciement en cas de maternité et une prévention efficace pour lutter contre le harcèlement sexuel et psychologique.

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Pour illustrer la vie des femmes les plus précarisées aujourd’hui, la présidente d’Unia, Vania Alleva, a pris l’exemple d’une syndiquée d’une quarantaine d’années. Il s’agit d’une décoratrice qui, après son divorce, a dû élever seule ses enfants. Comme son emploi à temps partiel ne lui permettait pas de joindre les deux bouts, elle en a pris un autre dans la gastronomie. Son rythme de vie est devenu infernal. Tôt le matin, elle décorait les vitrines des magasins, s’occupait des enfants le reste de la journée avant d’aller travailler dans un restaurant le soir.

«Un immense scandale»

C’est une réalité volontiers occultée par les mondes économique et politique: plus la proportion de femmes est élevée dans un secteur, et plus le revenu est bas. En Suisse, 53% des femmes touchent un salaire net de moins de 4000 francs par mois et 70% d’entre elles ont moins de 5000 francs. Elles sont aussi deux fois plus nombreuses dans la catégorie des bas salaires. C’est la raison pour laquelle l’USS revendique un salaire minimum de 4000 francs pour tout le monde et des conventions collectives de travail (CCT) qui couvrent les branches à forte proportion féminine.

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Sur les discriminations dont sont victimes les femmes dans ce domaine, des centaines d’études sont déjà parues. Un chiffre fait désormais la quasi-unanimité: en moyenne, une femme reçoit 660 francs par mois de moins qu’un homme. «Au total, ce sont 10 milliards de francs que les femmes perdent chaque année: c’est un immense scandale», s’indigne Vania Alleva.

L’USS veut aussi promouvoir la qualité de vie. Le travail, c’est bien, mais l’épanouissement et surtout la conciliation de la carrière et de la famille, c’est encore mieux. Et les femmes sont prêtes à travailler davantage: en Suisse en 2018, elles sont 260 000 à se considérer comme étant en sous-emploi. Mais au lieu d’un petit job sur appel, elles recherchent un revenu stable qui leur permette de vivre, un débouché professionnel sérieux, de même que la satisfaction au travail.

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Débrayage à 15h30

Dans ce but, l’USS prône désormais une semaine hebdomadaire réduite à 30 heures, «au maximum 35 heures». Cette revendication toute nouvelle, qui a surgi en marge du débat sur la révolution numérique, n’est cependant pas encore mûre pour qu’Unia la présente cet automne déjà dans le cadre d’une CCT. En revanche, le congé parental est, quant à lui, d’une actualité plus chaude dans le combat pour l’égalité. A cet égard, l’USS réclame un total de 24 semaines pour les deux parents, payées à 100% et financées par les allocations pour perte de gain (APG).

Dernier point sur lequel les femmes insisteront lors de cette grève: le respect sur leur place de travail. Trop souvent encore, les femmes sont mises sous pression, voire congédiées après un accouchement. Elles exigent donc une meilleure prévention contre le licenciement en cas de maternité. Sur le plan du harcèlement sexuel enfin, elles demandent une tolérance zéro et un allègement du fardeau de la preuve lorsqu’elles en sont victimes.

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Alors que la grève de 1991 déclenchée sous l’impulsion de Christiane Brunner avait été très spontanée, celle de 2019 apparaît déjà beaucoup plus structurée. Partout en Suisse, une trentaine de collectifs planifient déjà une multitude d’actions. Difficile de dire combien de femmes se mettront effectivement en grève. Mais les syndicats songent à inciter toutes les femmes à débrayer à 15h30 au plus tard le vendredi 14 juin, pour montrer qu’elles en ont marre de perdre 660 francs par mois.

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