Genève

Avant la grève, la gauche lance un référendum 

La gauche unie et les syndicats s'attaquent au blocage des postes voté par le Parlement, alors que la fonction publique s'apprête à la grève la semaine prochaine, contre la réduction des charges de personnel

Rien de tel qu’un référendum pour se mettre en jambes avant la grève. Alors que la fonction publique s’apprête à débrayer le 1er décembre contre les réductions prévues au budget 2016, la gauche réunie (PS, les Verts, Ensemble à gauche) et les syndicats ont annoncé mardi le lancement d’un référendum contre la loi sur le renforcement du frein à l’endettement. Adoptée par le parlement, celle-ci prévoit de bloquer les postes à l’Etat («personal stop») tant que le niveau de la dette cantonale, actuellement de 13 milliards de francs, ne dégonfle pas. Un montant jugé «ridicule et risible en comparaison internationale» par Paolo Gilardi, du Syndicat des services publics (SSP). Question d’appréciation. Quoi qu’il en soit, le référendum a pour but d’empêcher «le blocage à l’Etat, qui sinon durera 25 ans», pronostique Marc Simeth, président du Cartel intersyndical.

Aussi la gauche vise-t-elle un objectif ambitieux: la récolte de 10 000, voire 20 000 signatures, jusqu’au 11 janvier. Servie par la grève qui s’annonce, elle n’a aucune raison de douter du succès. «L’adoption de cette loi par la droite musclée et dogmatique condamnera des services à jongler pour compenser les pertes à l’embauche d’autres secteurs. Cette logique de déstructuration va avoir des effets sur la société à long terme», estime Paolo Gilardi. Il faut dire que le Conseil d’Etat n’était pas favorable au «personal stop», craignant un corset en lieu et place d’un régime sec. Ce qui fait dire à Pablo Cruchon, du comité Touche pas à mes services publics et de SolidaritéS, «qu’avec cette loi on n’assumera plus les choix politiques. Pire: elle mettra en concurrence les services publics entre eux.»

Consultations anonymes

Autre motif de fâcherie: un effet d’accélérateur vers la privatisation. «Le redimensionnement, couplé à la hausse démographique, va amener l’Etat à déléguer au privé certaines prestations», estime Lydia Schneider Hausser, députée socialiste au Grand Conseil. Une tendance que les employés de la santé observent avec inquiétude. Sur dix ans, on compte 30% d’intérimaires en plus aux Hôpitaux universitaires genevois (HUG), dans les soins à domicile et dans les EMS, assurent-ils. Cela pour assurer la hausse du volume d’heures de prestations, de 35% depuis 2008. «Les HUG engagent pour 50 millions de francs par année d’employés temporaires», s’inquiète Geneviève Preti, employée aux HUG. Un chiffre qu’il faut toutefois relativiser, puisque cela représente 430 postes sur les 10 500 que comptent les HUG. «L’engagement des intérimaires est un risque, je ne le conteste pas, explique Mauro Poggia, ministre de l’Emploi, des affaires sociales et de la santé. Si on ne peut pas toucher à la masse salariale, il se peut en effet qu’il faille faire appel à des mandataires extérieurs. Maintenant, si en externalisant certaines tâches non régaliennes, on est plus efficace et moins cher, la fonction publique doit se poser des questions.»

Un avertissement qui n’a pas empêché le conseiller d’Etat de tenter une autre approche pour trouver dès le début de l’année prochaine des pistes d’économies ou des moyens pour gagner en efficacité dans la délivrance des prestations. Il a donc proposé une consultation générale, potentiellement anonyme, des collaborateurs de chaque service. Mais celle-ci n’a pas l’heur de plaire à David Andenmatten, du SSP: «Cela peut se révéler une tactique de division. Si on peut vraiment faire remonter les choses depuis le terrain, pourquoi pas? Encore faut-il au préalable lever la pression sur le personnel.» Une réaction qui n’étonne pas Mauro Poggia: «Je ne m’attendais pas à ce que les syndicats trépignent de joie à l’idée que le «patron» parle aux collaborateurs. Mais qu’ils estiment que c’est un prétexte ne m’empêchera pas de le faire, car je suis sûr qu’il se trouve dans les différents services des idées novatrices qui ne sont pas encore remontées.»

Mais avant, Genève doit s’attendre à la grève, saison deux, après le succès de la première début novembre. L’assemblée du personnel de la fonction publique, consternée par l’exigence de réduction de 5% des charges de personnel, se prononcera mercredi soir. A entendre Paolo Gilardi, on ne doute guère de ce rendez-vous: «Si le Conseil d’Etat renonce à ces 5%, la grève sera moins urgente.» Or, celui-ci répète depuis un mois que l’objectif n’est pas négociable, contrairement aux moyens, notamment l’augmentation du temps de travail de 40 à 42 heures. Poursuivra-t-il le bras de fer? «Le Conseil d’Etat ne renoncera pas à son objectif, répond Mauro Poggia. Mais, pour arriver à ces 5%, la réduction de la masse salariale n’est pas le seul moyen. Si des économies peuvent être faites par d’autres voies, on entrera en matière. Encore faut-il que la fonction publique soit prête à discuter de ces moyens.»

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