Le 18 mai dernier, presque personne n’a considéré que le scrutin sur l’avion de combat Gripen tenait de la question de principe pour ou contre l’armée. Et les amis les plus motivés des forces militaires n’ont pas été en mesure de contrer la méfiance ambiante, même à droite et au centre, indique l’analyse Vox des votations du 18 mai, parue mercredi. Les 22 nouveaux avions de combat avaient été refusés à 53,4% des voix.

Les partisans de l’UDC ont bien été les seuls à approuver le Gripen presque sans un pli, à 81%. Ceci acquis pour les pro-Gripen, il ne restait plus grand-chose. «Le scepticisme n’est pas l’apanage de la gauche», notent l’institut gfs.bern et les politologues de l’Université de Zurich. La moitié des sondés qui se classent au centre ont refusé l’avion, un phénomène jamais observé lors des précédents votes portant sur l’armée. Même ceux qui se disent en faveur d’une «armée forte» n’ont pas été unanimes: 24% d’entre eux n’ont pas voulu de l’appareil suédois. Selon les analystes, cette surprenante proportion chez les amis de l’armée prouve que l’achat «n’a pas été considéré comme une nécessité vitale pour le maintien d’une armée forte».

S’agissant des motivations de vote, le clivage n’est en revanche guère surprenant. Ceux qui ont voté oui l’ont fait «essentiellement pour des motifs de sécurité», tandis que la majorité des refus étaient animées par des considérations financières. Cependant, Vox indique que le critère économique n’aurait pas suffi. Il a fallu que s’y ajoutent, notamment, le refus de ce type d’avion en particulier (13% des votants), une proportion identique de personnes qui demandent une «réorientation générale de l’armée» – sans que les sondeurs précisent le sens de ce souhait –, ou les positions antimilitaristes de principe, à 9%. De manière générale, une majorité des sondés disent néanmoins que le refus des avions ne remet pas en cause leur attachement à une «défense militaire autonome de la Suisse».

Salaire unique refusé par la gauche modérée

Concernant le salaire unique, le piteux résultat de la proposition des syndicats (76% de non) tient au fait que, même dans le camp de gauche, les votants n’étaient pas convaincus. Ce constat antérieur au vote est confirmé par les chiffres de l’analyse Vox. Au sein des partisans du PS, le texte n’a été approuvé que par 55% des sondés. Si on élargit à la famille qui se déclare de la «gauche modérée», les 4000 francs mensuels ont été rejetés par 60% de l’ensemble. Au centre et à droite, le refus a atteint des scores qu’on aurait naguère qualifiés de soviétiques, entre 82% et 93% des répondants. Dans tous les cas, l’une des principales raisons a été les conséquences de l’acceptation, la menace que le salaire minimum faisait planer sur certains secteurs économiques.

L’étude des deux autres objets du 18 mai, qui a porté sur les réponses de 1510 personnes, ne réserve guère d’enseignements marquants. L’initiative de Marche blanche «Pour que les pédophiles ne travaillent plus avec des enfants» a été plébiscitée à droite et au centre, refusée à gauche, et le degré d’approbation a augmenté selon l’importance accordée au sujet.

Enfin, les 88% d’approbation de l’arrêté sur les soins médicaux de base ont été glanés dans tous les camps. Y compris l’UDC, seul parti qui refusait le texte, mais dont les troupes l’ont approuvé. C’est aussi le vote qui a été le plus rapidement oublié: dans les onze jours après le scrutin, 55% seulement des sondés se rappelaient que ce sujet avait figuré au menu du dimanche de votations.