Plus de 2500 cas confirmés, deux fois plus de cas suspects que la semaine passée, la pandémie de grippe A (H1N1) est bien là. «Pas un tsunami», a tempéré Virginie Masserey, responsable de la section de vaccination de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) lors d’une conférence de presse, ni un motif de paniquer. Mais le moment de prendre au sérieux les consignes d’hygiène et de prévention.

Parmi ces dernières, la vaccination se met en place dans les cantons. Avec plus ou moins de bonheur: elle a commencé pour le personnel médical, les femmes enceintes et les enfants à Soleure, cette semaine dans de nombreux autres cantons, dont Fribourg, Neuchâtel, Genève et Vaud.

Mais pour le moment, seules les personnes appartenant à un groupe à risque (outre les femmes enceintes et les enfants, les personnes souffrant d’une maladie chronique ou d’immunosuppression) peuvent avoir accès au vaccin. A condition d’avoir moins de 65 ans: au-delà, les chances d’avoir développé une défense immunitaire contre le virus sont plus grandes. Les personnes concernées sont donc dans une situation paradoxale: elles constituent un groupe à risque – en cas d’infection, elles sont plus susceptibles de développer des complications. Mais, statistiquement moins menacées, elles devront attendre le moment où il y aura assez de vaccins pour tous.

Bientôt assez pour tous

Cela ne devrait pas tarder, même si les prévisions des cantons varient – dès la semaine prochaine estime le médecin cantonal adjoint de Fribourg Thomas Plattner, sans doute la suivante à Genève, dès le 23 novembre au plus tard dans le canton de Vaud selon le médecin cantonal adjoint Eric Masserey, dès le 3 décembre à Neuchâtel.

Sur trois vaccins, à ce stade, seuls deux ont été autorisés par Swissmedic. Le troisième, le Celtura de Novartis, devrait obtenir un feu vert très prochainement, assure Jean-Louis Zurcher, porte-parole de l’OFSP.

En attendant, seuls sont disponibles le Focetria de Novartis, qui est prescrit aux femmes enceintes et aux enfants. Et le Pandemrix de GlaxoSmithKline, utilisé pour le personnel soignant et les autres groupes à risque. Vaccin qui, pour le moment, c’est un autre problème, n’est disponible qu’en gros: paquets de 500 doses à terminer en mélangeant, au moment de l’injection, produit actif et adjuvant.

Pas vraiment adapté aux cabinets de ville, donc. Si Fribourg a choisi l’option consistant à mandater un pharmacien pour préparer des doses individuelles à l’intention des médecins de ville, Genève et Vaud comptent sur une livraison de telles doses dès aujourd’hui.

En attendant, relève Philippe Sudre, médecin cantonal délégué aux maladies transmissibles à Genève, les médecins de ville sont dans la situation paradoxale de ne pas même pouvoir se vacciner eux-mêmes. Et de devoir envoyer leurs patients, certificat médical justifiant de leur inscription dans un groupe à risque en main, dans un centre médical. Mais tout devrait normalement rentrer dans l’ordre dès lundi.

Communication multiple

A ce stade, cette situation un peu confuse ne semble pas avoir suscité d’inquiétudes particulières dans la population, mais une solide grogne chez les praticiens et, côté spécialistes, le sentiment qu’il y aura du pain sur la planche au moment de procéder à un débriefing de l’exercice.

Une chose semble sûre: la multiplication des instances qui communiquent en ordre dispersé ne simplifie rien. Swissmedic, pour prendre un exemple, n’a pas homologué le Pandemrix au-delà de 60 ans – faute d’études spécifiques pour cette classe d’âge. Mais l’OFSP recommande aux médecins de l’utiliser quand même lorsque les personnes concernées sont à risque. Une recommandation qui, estime Thomas Plattner, devrait dégager la responsabilité des praticiens en cas d’accroc. Mais la contradiction ne contribue pas à clarifier le débat pour le commun des mortels.

L’OMS, de son côté, est intervenue hier également pour recommander un usage rapide du Tamiflu – l’antiviral n’est guère efficace qu’administré tôt dans la maladie. Une contradiction apparente avec les recommandations de l’OFSP qui incite, hors groupe à risque, à observer ses symptômes avant de consulter un médecin? Non, répond Philippe Sudre: l’OMS s’adresse avant tout à des pays où l’accès au médecin ou à l’hôpital est beaucoup plus tardif et difficile qu’en Suisse. Ici, les directives n’ont pas de raison d’être revues.