Son nom est Pult, Jon Pult. Il incarne la relève au PS, une étoile montante brillant jusqu’à présent surtout dans le ciel grison, mais plus pour longtemps. En tant que président du comité de l’initiative des Alpes, il fera certainement trembler la conseillère fédérale Doris Leuthard lors de la votation sur la construction d’un second tube routier au Gothard en 2016. À moyen terme, certains voient même en lui le futur successeur de Christian Levrat à la tête du parti suisse.

Le premier qui a lâché son nom n’est autre que l’ancien président du PSS Peter Bodenmann dans le Blick en février dernier. Selon celui-ci, il y a déjà trop de «gentils» socialistes, au secrétariat général du parti comme au Conseil fédéral. Il est donc temps qu’une nouvelle figure jeune et percutante accède aux instances dirigeantes. Nul doute qu’avec ce patronyme qui claque comme un coup de pistolet, Jon Pult arrive à point nommé.

Il ne faut pas s’arrêter à ce visage encore poupin. À trente ans, cet enfant de la Basse-Engadine, fils d’un enseignant grison et d’une historienne de l’art italienne, compte déjà douze ans d’expérience politique. Parallèlement à ses études en histoire, il affûte ses griffes au parlement de Coire, puis au Grand Conseil. Il préside le parti cantonal depuis six ans déjà. Il ne cache qu’il est presque devenu un professionnel de la politique, qui tourne avec 45’000 francs de revenus par an.

Cette politique, il ne la vit pas qu’au sein des institutions, mais aussi dans les bistrots, n’ayant aucune appréhension à chercher le contact avec ceux qui ne pensent pas comme lui. Ce qui a fait dire à un député PLR qu’il a «de remarquables qualités de pilier de bistrot», sans la moindre connotation péjorative. Son sens de la répartie lui a valu d’être invité à l’émission satirique de Viktor Giacobbo à la TV alémanique, ce qui est déjà une forme de reconnaissance de son potentiel.

Cette culture du débat assumée jusqu’au bout, Jon Pult la revendique aussi au sein de son propre parti. «Je m’inquiète lorsque je constate que certains camarades ne viennent plus aux congrès car ils hésitent à y exprimer une opinion divergente de la ligne du parti», regrette-t-il.

Personnellement, il préfère affirmer ses désaccords ponctuels. Dans un PSS où l’euroscepticisme gagne du terrain, il a surpris par ses franches convictions pro-européennes en février dernier lors du congrès de Martigny. Déplorant que l’Europe ne figure parmi les dix thèmes phares de la campagne du PS, il a proposé qu’on l’aborde au premier point dans le but de sauver d’abord la voie bilatérale avec l’UE puis d’entamer une «discussion sans tabous» avec l’adhésion comme option. Longuement applaudi, il a obligé le président Christian Levrat à justifier sa plateforme. «Jon Pult est brillant. C’est un excellent orateur, doué d’une grande faculté à simplifier des problématiques complexes», admire le Fribourgeois, qui s’est imposé en l’occurrence. «J’ai jugé prudent d’intervenir pour contrer sa proposition, car je voulais que nous nous concentrions sur dix projets très concrets dans notre programme».

Dans l’actuelle campagne grisonne au Conseil national, Jon Pult joue un rôle d’outsider. Sur la liste du PS, il ne devrait en principe pas brûler la politesse à Silva Semadeni, la présidente de Pro Natura. Mais il joue à fond la carte d’un deuxième siège, raté de peu en 2011. Il est le seul à s’opposer aussi sèchement à la CEO d’Ems Chemie Magdalena Martullo-Blocher, candidate sur une liste UDC.

Alors que la plupart des adversaires de la fille de Christoph Blocher lui reprochent son domicile zurichois de Meilen, Jon Pult préfère l’attaquer sur d’autres points: «Bien sûr que Mme Martullo-Blocher a le droit de se présenter dans les Grisons. Mais sa politique du «moins d’État», son opposition à la sortie du nucléaire et sa vision isolationniste de la Suisse vont à l’encontre de tous les intérêts de notre canton», souligne-t-il. Selon toute vraisemblance, le duel entre les deux figures marquantes de la campagne n’aura jamais lieu. «Magdalena Martullo-Blocher évite quasiment tous les débats contradictoires», regrette Jon Pult.

Si celui-ci ne débarquera probablement pas tout de suite sous la Coupole, la députation grisonne l’y attend déjà. «C’est clair qu’il a un avenir national», déclare Hansjörg Hassler (PBD). La seule incertitude qui demeure, c’est quand il succédera à Silva Semadeni. Au centre et à droite, on le respecte tout en déplorant son socialisme trop dogmatique. «Il se situe trop dans le schéma classique de la gauche. Il dit non à la candidature grisonne aux JO, aux résidences secondaires, à un second tube routier au Gothard. Mais nous, nous voulons aussi vivre, dans nos montagnes», s’exclame Martin Candinas (PDC). Futur probable candidat de l’UDC au Conseil fédéral, Heinz Brand est encore plus sévère: «C’est un socialiste qui parle encore du dépassement du capitalisme. C’est du passé, tout cela».

Pas sûr qu’il ait raison. En 2013, le PS grison dont il est président – seul contre tous les autres partis – a réussi à enterrer la candidature de Saint-Moritz pour les JO d’hiver de 2022. C’est un combat écologique très semblable qui s’ouvre ces prochains mois sur la construction d’un second tube routier au Gothard. «Une aberration», selon le président du comité de l’initiative des Alpes. «S’il y a un domaine où la Suisse a un pas d’avance sur l’UE, c’est dans les transports. Nous avons un réseau ferroviaire plus dense et un meilleur bilan dans le transfert de la route au rail concernant le transport des marchandises. Il ne faut pas casser cette politique, surtout au moment où l’on s’apprête à inaugurer le tunnel ferroviaire du Gothard», insiste Jon Pult.

En 1994, un landammann uranais inconnu, Hansruedi Stadler, avait désarçonné Adolf Ogi et fait triompher l’initiative des Alpes à la surprise générale. Aujourd’hui, Jon Pult rêve de rééditer cet exploit face à Doris Leuthard.