Saint-Moritz a accueilli les JO d’hiver en 1928, puis 1948. La flamme olympique pourrait se rallumer en 2026: les Grisons sont candidats. Ils affrontent un concurrent bien déterminé: le Valais, associé à Vaud, Berne et Fribourg. Pour marquer les esprits, lors du lancement officiel de leur candidature le 20 janvier dernier, les promoteurs de «Sion 2026» ont sorti une raclette géante et installé une patinoire provisoire sur la place fédérale.

L’opération de séduction n’est pas passée inaperçue, du côté de Coire. La presse locale loue l’art et la manière romande de se faire remarquer et peste contre la timidité romanche. Mais voilà, les promoteurs des JO d’hiver n’ont pas la tête à convaincre le reste de la Suisse, ils doivent d’abord remporter l’adhésion chez eux: le 12 février, les citoyens se prononceront sur un crédit de 25 millions destiné à couvrir les frais de la candidature, dont 9 millions seront pris en charge par le canton, le reste par la Confédération et Swiss Olympics.

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L’échec de 2013

A deux semaines de la votation, rien n’est joué. La claque de 2013 est dans tous les esprits: les citoyens grisons disaient «Non» à près de 53% aux jeux 2022. C’est sans doute ce qui agace le plus Silva Semadeni, fer de lance de l’opposition aux JO, conseillère nationale socialiste et directrice de Pro Natura: «Je n’imaginais pas devoir tout reprendre de zéro: nous avons clairement refusé il y a quatre ans, la volonté populaire doit être respectée».

Les opposants brandissent une étude de l’université d’Oxford, qui a analysé les coûts des Jeux sur une période de 1960 à 2016 et relève les risques financiers et dépassement des budgets inhérents à ce type de «méga-projets».

Des JO à taille réduite

Les promoteurs des jeux, de leur côté, ne jurent plus désormais que par l'«agenda 2020», ce catalogue de recommandations édicté par le Comité olympique, censé rompre avec le gigantisme du passé, dont Sotchi 2014 a incarné la démesure. Les nouvelles règles font des JO un événement à taille humaine, à taille suisse, estiment-ils. «Sans cela, nous n’aurions pas décidé de déposer une nouvelle candidature», affirme le conseiller d’Etat grison PBD, Jon Domenic Parolini.

Les cinq membres de l’exécutif grison promettent d’une seule voix des jeux «nouvelle génération»: moins cher, moins grands, plus durables, puisqu’ils utilisaient des infrastructures déjà existantes (pistes de ski, de bob, de snowboard). Le budget se voit réduit par rapport à 2013, à 1,65 milliards – équivalent à celui de «Sion 2026» – et des disciplines réparties sur une dizaine de sites entre St-Moritz, Davos, Coire, Einsiedeln (Schwytz), Engelberg (Obwald) et la région zurichoise. Les Grisons se targuent de leur longue expérience dans l’organisation de grands événements – Le World Economic Forum vient tout juste de se terminer à Davos. Le point faible: Zurich ne veut pas s'impliquer. La ville veut bien prêter ses infrastructures sportives, mais ne souhaite pas être ville hôte, ni apporter d'aide financière.

L’espoir d’un élan pour le tourisme

A Coire comme à Sion, l’élan olympique vient des cercles économiques. Redonner vie à un tourisme alpin moribond: c’est l’argument central des promoteurs des jeux, au point que le sport semble relégué au rang d’alibi. «Entre 2013 et aujourd’hui, la situation économique des Grisons s’est détériorée. Les JO peuvent donner une vraie impulsion pour le développement économique», souligne Jon Domenic Parolini. A l’origine de la candidature grisonne, Jürg Michel, directeur de l’Union grisonne des arts et métiers, renchérit: «Nous devons entreprendre quelque chose pour le tourisme d’hiver. Les JO peuvent amener des investissements que nous ne ferions jamais sans cela».

«Aberration écologique»

A l’ouest du pays, on ne dit pas autre chose. «Les JO ont un rôle d’accélérateur pour mener une réflexion sur le tourisme et trouver des solutions d’avenir dans ce secteur», souligne Jean-Philippe Rochat, ancien vice-président de Swiss-Ski, derrière la candidature «Sion 2026» avec l’entrepreneur Christian Constantin et le président de la Chambre vaudoise de commerce et d’industrie Bernard Rüeger. A cela s’ajoute un autre objectif côté romand: celui de placer les cantons occidentaux sur la carte des destinations des touristes asiatiques, davantage attirés par la Suisse alémanique.

Au-delà des concurrences régionales, c’est la vision de l’avenir du tourisme alpin qui se joue dans la bataille pour les JO. Deux visions s’opposent, celle des milieux du tourisme et de l’économie, incarnée par Jürg Michel: «Des petites stations de basse altitude vont disparaître, mais celles qui se trouvent au-dessus de 2000 mètres survivront, et la Suisse peut rester à la pointe si elle investit», dit-il. Et celle des organisations écologiques, qui ne croient pas aux bénéfices d’un investissement massif dans les sports d’hiver. «Injecter encore plus d’argent dans de grandes infrastructures liées au tourisme hivernal alors même que ce secteur va au-devant de grosses difficultés, renforcées par le réchauffement climatique est une aberration écologique et économique», souligne Silva Semadeni.