Les journées de protestation des maçons, du 9 au 11 novembre, pourraient être un avant-goût de ce qui attend les milieux économiques et la nouvelle majorité de droite du parlement avec la mise en œuvre de l’article «contre l’immigration de masse». Face à l’inefficacité des mesures contre la sous-enchère salariale et au durcissement de la droite opposée aux mesures d’accompagnement, la base syndicale est de moins en moins prête à soutenir la voie bilatérale avec l’UE.

Même si, avec le président Paul Rechsteiner et le secrétaire général Daniel Lampart, la direction de l’Union syndicale suisse réussit encore à défendre l’importance des accords bilatéraux pour les salariés suisses, la base commence à grogner. L’assemblée des délégués de l’USS, vendredi à Berne, consacrée aux conditions d’application de l’article 121a «contre l’immigration de masse», a en effet permis de prendre la mesure du décalage.

«Le prochain vote européen sera un échec»

«Une grande partie des syndiqués croit désormais qu’il vaut mieux pour eux protéger les frontières que de tenter protéger leurs conditions salariales. S’il n’y a pas une forte action syndicale, le prochain vote européen sera un échec», a résumé le Genevois Alessandro Pelizzari. Malgré les mesures d’accompagnement contre le dumping ou la disposition pour la responsabilité solidaire dans la chaîne des sous-traitants, «la sous-enchère, sur les chantiers des CFF, de Migros ou de Roche, est devenue la norme», s’est indignée la Zurichoise Christa Suter.

Au Tessin, où l’on a renoncé à convaincre la base de soutenir les accords bilatéraux, on reproche à la direction de l’USS de revendiquer toute une série de garanties dans la législation, mais sans réels moyens de pression. Pour Graziano Pestoni, l’USS ne doit soutenir une mise en œuvre de l’article 121a conforme à l’accord sur la libre circulation qu’en échange de vraies mesures anti-dumping. La base est d’autant plus remontée que la Confédération serait prête à autoriser les entreprises à payer des salaires plus bas que les salaires usuels selon le lieu d’origine des travailleurs.