GENÈVE

Gros malaise au sein de l’Office genevois de la détention

Un audit de la Cour des comptes évoque un climat de travail très tendu. La gestion des ressources humaines pose de nombreux problèmes. L’office est invité à développer une vraie culture d’entreprise et à améliorer sa communication interne

Rien ne va plus au sein de l’Office cantonal de la détention (OCD) qui chapeaute le domaine pénitentiaire genevois et emploie plus de 800 personnes. Un audit de la Cour des comptes, présenté jeudi et axé sur la gestion des ressources humaines, évoque un climat de travail insatisfaisant entre la direction générale et certains établissements et services. Le rapport souligne aussi «un malaise important et une situation de souffrance d’une partie du personnel d’encadrement» entraînant «des relations professionnelles très tendues». Et ce n’est pas tout. La formation des gardiens, la mobilité interne ou encore l’absence d’une culture commune permettant l’adhésion au changement, sont pointées du doigt.

Présenté par le magistrat François Paychère, l’audit fait suite à une demande du Département de la sécurité, et à deux communications citoyennes dénonçant des dysfonctionnements. La problématique très sensible de l’externalisation du convoyage des détenus a également été abordée mais sous un angle extrêmement restreint. En substance, la Cour ne s’est pas penchée sur l’opportunité de ce choix politique mais elle a constaté que l’activité des agents privés doit être mieux encadrée et la qualité de leur prestation mieux définie dans le contrat passé par l’Etat.

Dossiers incomplets

Les difficultés de cet office, qui gère le domaine particulièrement délicat du carcéral et de la réinsertion, sont anciennes. En 2012, un autre audit de gestion évoquait déjà un savoir-faire mal utilisé, une communication interne déficiente et une mosaïque d’entités synonyme de démotivation du personnel. Depuis lors, deux directrices générales ont jeté l’éponge et le dernier nommé, Philippe Bertschy est en place depuis mai 2015. La Cour des comptes a analysé la situation actuelle et les choses ne vont guère mieux.

Le rapport relève plusieurs lacunes dans la gestion des ressources humaines. Le processus de recrutement néglige la vérification du profil des candidats et les dossiers sont souvent incomplets, ce qui génère des risques sur un terrain aussi particulier. Il n’y a aucune règle pour les sanctions disciplinaires et certains manquements ne sont tout simplement pas traités.

Changement de gouvernance

En termes de carrière, la mobilité interne des agents de détention est fortement freinée par l’existence de deux statuts. Ceux qui travaillent à Champ-Dollon, les anciens et les plus expérimentés, bénéficient d’un statut privilégié. Les novices, engagés sous un autre régime, sont essentiellement affectés aux nouvelles prisons. Une situation qui créée des difficultés opérationnelles et qui ne favorise guère l’émergence d’une culture commune.

Une nouvelle loi, encore en discussion au parlement, devrait aboutir à la création d’un seul statut spécifique pour tous les gardiens. La Cour propose aussi d’opter pour des critères plus pertinents de promotion afin de répondre aux nouveaux défis que sont, par exemple, le vieillissement ou la radicalisation des détenus. Il s’agirait de remplacer l’ancienneté par des compétences spécifiques. Enfin, en matière de formation — tant de base que continue –, «des faiblesses» appellent une révision des concepts et une clarification des exigences.

«Ce n’est pas un audit sévère, il est juste». Philippe Bertschy, directeur général de l’OCD, ne se démonte pas, promet un profond changement de gouvernance, accepte toutes les recommandations et trouve le timing excellent car de nouveaux règlements sont en voie de finalisation. En matière carcérale, cela est généralement synonyme de futurs conflits.


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