Élections fédérales

Le groupe du centre en position d’arbitre

Le visage définitif des Chambres fédérales sera connu dans une semaine. D’ores et déjà, les blocs se forment cependant. Les majorités seront fluctuantes d’un sujet politique à un autre

Plus que quatre. Il reste encore quatre fauteuils sénatoriaux à répartir et la composition des Chambres fédérales sera complète et définitive. Dimanche prochain, les électorats de Bâle-Campagne (1 siège), Argovie (2) et Schwytz (1) diront qui recevront ces quatre derniers mandats. Le PDC (en Argovie et à Schwytz), le PLR et les Verts (tous deux à Bâle-Campagne et en Argovie) espèrent chacun obtenir deux de ces quatre ultimes tickets. L’UDC est bien placée pour en décrocher un en Argovie mais se trouve dans une position plus difficile à Schwytz. Dans ce dernier canton, elle s’est approprié les deux sièges entre 2011 et 2019. L’un reste dans ses mains: Alex Kuprecht, futur président de la Chambre des cantons en 2020-2021, a été réélu au premier tour. Il reste à attribuer le second, dont le démocrate-chrétien Othmar Reichmuth, soutenu par la gauche, a de meilleures chances de s’emparer que l’UDC Pirmin Schwander.

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La composition des groupes parlementaires se précise désormais. Avec, potentiellement, 62 membres, l’UDC restera le parti le mieux représenté: 55 conseillers nationaux (y compris le député de la Lega et l’élu bernois de l’Union démocratique fédérale) et, vraisemblablement, 7 conseillers aux Etats (dont l’indépendant Thomas Minder). Le PS occupera la deuxième place, avec 48 élues et élus fédéraux: 39 au Conseil national et 9 au Conseil des Etats, soit 7 de moins que durant la législature précédente. La troisième force sera le groupe du centre, dans lequel siégeront 44 personnes: 25 conseillers nationaux démocrates-chrétiens, trois évangéliques et les trois survivants du Parti bourgeois-démocratique, ainsi que 13 sénatrices et sénateurs. La quatrième place sera occupée par le groupe libéral-radical, qui sera formé de 41 ou 42 femmes et hommes: 29 au Conseil national et 12 ou 13 aux Etats.

Les Verts restent la cinquième force aux Chambres

Quant aux Verts, ils resteront le cinquième groupe parlementaire, toutes Chambres confondues. Ils ont décroché 28 mandats au Conseil national, auxquels il faut ajouter les deux élus de l’extrême gauche, et en auront entre 4 (déjà assurés) et 6 au Conseil des Etats, ce qui fait un total de 34 à 36. Le groupe vert’libéral comprendra 16 personnes, toutes au Conseil national.

On assiste ainsi à un resserrement des forces qui ouvre le jeu politique comme rarement par le passé. Au Conseil des Etats, avec 24 à 26 sièges sur 46, le PLR et le PDC auront théoriquement la majorité absolue. Mais ils ne sont pas toujours d’accord, loin de là. Le camp rose-vert sera composé de 13 à 15 personnes et l’UDC de sept hommes.

Les majorités seront variables d’un thème à l’autre. C’est au Conseil national qu’elles seront les plus volatiles. Le bloc de gauche y a 69 suffrages, le groupe UDC 55, le PLR 29. Ce sont les Vert’libéraux et, surtout, le nouveau groupe du centre qui joueront les rôles d’arbitres et feront pencher la balance d’un côté ou de l’autre selon les objets abordés. En se fondant notamment sur les profils smartvote, l’institut gfs.bern a effectué une projection sur les majorités potentielles, thématique par thématique.

Majorités thématiques variables

Dans deux domaines, la politique environnementale ainsi que pour les sujets de société, une majorité de centre gauche avec le PDC semble réaliste. Cela concerne les décisions à prendre pour protéger le climat et la nature, mais aussi le congé parental, la conciliation entre la vie privée et la vie professionnelle, l’égalité ou le mariage pour tous. «Pour les questions environnementales, on pourra élargir le jeu avec les Vert’libéraux, car nous pouvons partager leur vision économique de la politique climatique», commente le vice-président du PDC, Charles Juillard. «Quant aux sujets de société, la présence d’un nombre plus important de femmes, tous partis confondus, fait que les fronts ne sont plus aussi clairs que par le passé», ajoute-t-il. La féminisation des Chambres aura une influence sur la manière de former les majorités.

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En matière économique, financière et sécuritaire, c’est plutôt une majorité de centre droit regroupant le PDC, le PVL, le PLR et, selon les cas, l’UDC, qui se dessine. Cela concernera notamment la décision de renouveler la flotte des avions de combat. Enfin, une majorité solidement bourgeoise, composée de l’UDC, du PLR et du PVL mais sans le PDC, s’esquissera pour certains aspects de la politique de la santé ou de la politique sociale tels que le relèvement de l’âge de la retraite au-delà de 65 ans, pronostique gfs.bern. Ce que tout le monde admet, c’est que la nouvelle législature sera plus imprévisible que la précédente et que la formation des majorités fera l’objet d’intenses pourparlers.

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