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Le groupe libéral-radical composte son «tricket»

Le PLR retient les trois candidatures. Il renonce à choisir lui-même et laisse l’Assemblée fédérale trancher. Les trois prétendants restent ainsi en course

Prendre ses responsabilités et éliminer l’un des trois candidats. Ou constater que les profils de ces derniers sont suffisamment riches et variés et les présenter tous les trois à l’Assemblée fédérale. C’est à cela que se résume le choix qu’avait à faire vendredi après-midi le groupe parlementaire libéral-radical, réuni à l’hôtel Beau-Rivage à Neuchâtel.

La réponse n’a pas été simple. Par 22 voix contre 19 et 3 abstentions (dont celles d’Isabelle Moret d’Ignazio Cassis), le groupe PLR a opté pour la seconde solution, celle que le Tessinois appelle le «tricket» radical. Le 20 septembre, l’Assemblée fédérale devra ainsi dire qui d’Isabelle Moret, d’Ignazio Cassis ou de Pierre Maudet remplacera Didier Burkhalter au Conseil fédéral.

«La minorité craignait qu’on reproche au PLR d’avoir peur de choisir», précise le vice-président du groupe, le Zurichois Beat Walti, qui a remplacé Ignazio Cassis pour l’occasion.

«Aux autres groupes parlementaires, désormais, d’évaluer ces trois profils», enchaîne Beat Walti. Les groupes auditionneront les trois prétendants le 12, voire le 19 septembre. Le PDC a d’ores et déjà annoncé qu’il ne contesterait pas le droit du PLR de conserver le siège de Didier Burkhalter, ce qui tourne définitivement la page ouverte en 2009 à l’occasion du remplacement de Pascal Couchepin.

Pas de victime

Ce non-choix ne devrait pas laisser d’amertume auprès des 19 députés qui auraient préféré que seuls deux candidatures soient transmises à l’Assemblée fédérale. Surtout, il ne blessera personne. L’élimination d’Isabelle Moret, qui s’est montrée moins solide que ses colistiers lors de la première phase de la campagne, aurait été mal ressentie par les femmes PLR et à l’intérieur du groupe parlementaire.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la présidente des Femmes PLR, Doris Fiala, a personnellement plaidé pour un ticket comprenant les trois noms.

La mise à l’écart de Pierre Maudet aurait été un camouflet pour celui qui est l’une des figures les plus prometteuses du parti. Quant à l’éviction d’Ignazio Cassis, elle était tout simplement hors de question.

Le groupe n’a pas constaté de différence majeure de positionnement politique, «juste quelques nuances sur certains dossiers et des expériences différentes», reprend Beat Walti. C’est en particulier autour de la question européenne que ces nuances sont perceptibles, Pierre Maudet défendant sans doute des positions plus ouvertes que ses deux rivaux.

Pierre Maudet prêt pour le tour suivant

Si les trois candidats affichaient un sourire de satisfaction au terme des délibérations du groupe, qui ont duré près d’une heure trente, le Genevois goûtait tout particulièrement son plaisir.

«On ne donnait guère de chances réelles à ce scénario il y a encore quelques semaines. Je salue le courage du groupe d’ouvrir le champ des possibles», commentait-il. Il est visiblement prêt à repartir pour la seconde phase de la campagne, celle qui consistera à séduire les autres partis politiques.

La stratégie sera définie dimanche soir, mais son entourage de campagne, une véritable équipe professionnelle, souhaite qu’il prenne un peu de repos et ait du temps pour sa famille. Mais on sent Pierre Maudet prêt à en découdre jusqu’au bout.

Dans les trois langues

Avant de délibérer, le groupe a longuement auditionné les trois candidats, plus de 35 minutes pour Ignazio Cassis et Pierre Maudet, environ 25 minutes pour Isabelle Moret. Le Tessinois a trouvé «surprenant qu’on pose autant de questions au chef du groupe, comme si c’était un interrogatoire de police». Il dit ne pas avoir été questionné sur l’abandon de sa nationalité italienne.

Il l’a une nouvelle fois justifié devant les médias: «J’ai pris cette décision à fin juin, au moment de décider de me porter candidat. Je ne me suis agenouillé devant personne. J’ai considéré que, comme le Conseil fédéral a la compétence de conduire la politique extérieure, on ne pouvait pas être binational afin d’éviter tout risque de conflit d’intérêts», explique-t-il.

Pierre Maudet a confié que de nombreuses questions avaient porté sur l’économie et se réjouissait de sentir que le groupe voulait un conseiller fédéral «qui a de l’énergie». Isabelle Moret a paru plus crispée que ses collègues à la sortie de son audition, laissant certaines phrases inachevées.

Elle a aussi souligné qu’elle avait abordé les «défis économiques». Les trois prétendants ont eu l’occasion de démontrer qu’ils étaient capables de comprendre et de s’exprimer dans les trois principales langues nationales.

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